Le siège du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) a été rebaptisé « patrimoine de l’État » à Bissau, quelques jours après que la junte militaire au pouvoir a exigé son évacuation. Cette décision intervient dans un contexte de tensions entre les autorités militaires et l’opposition historique, à l’approche du 53ᵉ anniversaire de l’indépendance du pays.
Ordre de la junte de vider les locaux du PAIGC
Fin novembre 2025, la junte qui dirige la Guinée‑Bissau a imposé aux formations politiques dont les bureaux se trouvent à moins de 500 m du palais présidentiel, d’une ambassade, d’une caserne ou d’un hôpital de quitter leurs locaux. Le communiqué du Haut commandement militaire a accordé sept jours aux partis concernés, dont le PAIGC, pour procéder à leur déménagement. Le parti, aujourd’hui dans l’opposition, a dénoncé cette mesure comme illégale, rappelant que tout déplacement de siège doit être tranché par la justice et non par les forces armées.
Intervention armée et mise en place du panneau « patrimoine de l’État »
Mercredi en fin de matinée, des hommes en tenue militaire ont pénétré dans le bâtiment du PAIGC, alors vide depuis le coup d’État du 26 novembre dernier. Selon plusieurs sources, ils ont brisé la porte d’entrée et plusieurs fenêtres avant d’installer un nouveau panneau en gros caractères annonçant que le site était désormais « patrimoine de l’État ». Le panneau a remplacé celui du parti, marquant symboliquement la prise de contrôle du lieu par les autorités militaires.
Réactions du parti et des observateurs internationaux
Le PAIGC n’a pas encore publié de réponse officielle à l’installation du panneau, mais le parti avait déjà qualifié la mesure de « incompréhensible » et « illégale ». Un militant des droits de l’homme, joint par téléphone, a dénoncé l’acte comme une tentative de « détruire l’histoire de la lutte pour l’indépendance ». Les organisations de la société civile et certains observateurs étrangers ont exprimé leurs inquiétudes quant au respect du droit de propriété et à la manipulation du patrimoine historique à des fins politiques.
Enjeux pour la mémoire historique et la gouvernance
Le geste de la junte intervient à un moment symbolique, alors que la Guinée‑Bissau célèbre son 53ᵉ anniversaire d’indépendance. En transformant le siège du parti fondateur en « patrimoine de l’État », les autorités militaires sont perçues comme cherchant à réécrire ou à contrôler la narration historique du pays. Cette action soulève des questions sur la séparation des pouvoirs, la liberté d’association et la protection du patrimoine culturel dans un contexte de gouvernance militaire. Le suivi de ces événements sera crucial pour évaluer l’impact sur la stabilité politique et la cohésion sociale du pays.