Le State Security Service (SSS) nigérian a annoncé son intention de solliciter la suspension temporaire du procès pour cyberharcèlement visant l'activiste Omoyele Sowore. Cette décision, justifiée par la volonté de permettre au candidat du African Action Congress de mener campagne pour l'élection présidentielle de 2027, soulève des questions sur l'indépendance de la procédure judiciaire.
Une manœuvre justifiée par le calendrier électoral
Le directeur général du SSS, Oluwatosin Ajayi, a officiellement instruit ses conseils juridiques de demander un report du procès jusqu'après le scrutin présidentiel, prévu pour janvier 2027. Selon l'agence de renseignement, cette pause vise à garantir que le candidat puisse participer pleinement aux activités électorales sans entrave. Cette requête, qui doit être formellement déposée devant la Haute Cour fédérale à la reprise des audiences en septembre, intervient alors que le dossier stagne depuis près de dix mois, ayant déjà fait l'objet de onze ajournements.
Un dossier judiciaire sous tension
Les poursuites contre Omoyele Sowore découlent de publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles l'activiste qualifiait le président Bola Tinubu de « criminel ». Initialement composé de cinq chefs d'accusation, le dossier a été réduit à deux volets, les géants du numérique X et Meta ayant été retirés de la procédure. Cette affaire s'inscrit dans un contexte de relations conflictuelles entre l'activiste et les autorités, rappelant les poursuites pour « félonie » engagées en 2019, qui avaient finalement été abandonnées par l'administration actuelle en février 2024.
Controverse sur la légalité de la procédure
Si le SSS présente cette suspension comme une mesure d'équité visant à éviter toute apparence de persécution politique, des voix s'élèvent pour contester la méthode. Des experts en droit constitutionnel soulignent que cette démarche ne repose sur aucun fondement juridique solide et pourrait constituer un abus de procédure judiciaire. Selon ces analystes, le retrait pur et simple des charges aurait été la seule voie légale appropriée, plutôt qu'une suspension discrétionnaire qui laisse le dossier en suspens, sans éclaircir la situation en cas de victoire électorale de l'opposant.