L'organisation Socio-Economic Rights and Accountability Project (SERAP) a déposé une plainte devant la Haute Cour fédérale d'Abuja contre la Banque centrale du Nigeria (CBN). Cette action judiciaire vise à contraindre l'institution financière à justifier la disparition ou l'utilisation opaque de 6,23 millions de dollars et de plus de 1,63 billion de nairas de fonds publics.
Des irrégularités financières majeures pointées par l'audit
La procédure s'appuie sur le rapport annuel 2023 de l'Auditeur général de la Fédération, qui met en lumière des failles critiques dans la gestion des ressources de la CBN. Parmi les sommes en question figurent 6,23 millions de dollars liés à une demande de financement électoral attribuée à l'ancien président Muhammadu Buhari, dont l'enquête interne n'a jamais été rendue publique. Le rapport souligne également l'absence de recouvrement de 1,25 billion de nairas de prêts accordés aux États, 116,18 milliards de nairas destinés à des banques en liquidation, ainsi que 262,86 milliards de nairas alloués via le programme Anchor Borrowers’ pour soutenir la production agricole.
Exigences de transparence et responsabilité institutionnelle
Le SERAP demande à la justice d'ordonner à la CBN de divulguer l'identité des responsables ayant approuvé ces décaissements et de préciser les mesures disciplinaires prises. L'organisation insiste sur le fait que l'indépendance institutionnelle de la Banque centrale ne saurait constituer une immunité contre les audits constitutionnels ou les obligations de transparence. La plainte souligne que le défaut de reddition de comptes viole non seulement la Constitution nigériane et la loi sur la CBN, mais contrevient également aux engagements internationaux du pays en matière de lutte contre la corruption.
Gestion des actifs et maintenance des infrastructures
Au-delà des flux financiers, le SERAP exige des éclaircissements sur la gestion des actifs physiques de la banque. Le rapport d'audit a révélé l'existence de sept boîtes de billets de banque en attente d'examen, ainsi que l'abandon de véhicules de service et de fourgons blindés dans les agences de Lagos et d'Abeokuta. Ces négligences, selon l'Auditeur général, nuisent à l'efficacité opérationnelle de l'institution et soulèvent des inquiétudes quant à la sécurité des ressources matérielles de la banque.
Un enjeu de confiance publique
Cette action en justice place la gouvernance financière du Nigeria sous une surveillance accrue. Pour le SERAP, l'établissement des faits et le recouvrement des fonds détournés sont indispensables pour restaurer la confiance dans les institutions publiques. Aucune date n'a encore été fixée pour l'audience, mais cette affaire constitue un test majeur pour l'application des mécanismes de contrôle financier et la lutte contre l'impunité au sein des organes de l'État.