Le gouvernement sénégalais a déposé une loi de finances rectificative révélant une dégradation notable des indicateurs macroéconomiques du pays. Entre chute des recettes fiscales et alourdissement des charges de la dette, l'État se voit contraint de revoir ses ambitions de croissance à la baisse tout en opérant des arbitrages budgétaires complexes.
Une croissance économique revue à la baisse
La trajectoire économique du Sénégal pour 2026 subit un coup d'arrêt significatif. Les prévisions de croissance, initialement fixées à 5 %, sont désormais ramenées à 2,7 %. Cette contraction s'accompagne d'une baisse des recettes budgétaires, qui s'établissent à 5 848,7 milliards de FCFA, soit un recul de 340,1 milliards par rapport aux estimations initiales. Ce repli est principalement porté par une chute des recettes fiscales, notamment liée aux moins-values enregistrées sur le Programme de résilience économique et sociale (PRES), où la taxation des jeux de hasard a été drastiquement révisée à la baisse, passant de 300 à 120 milliards de FCFA.
Le poids croissant de la dette publique
La structure de la dette sénégalaise pèse de plus en plus lourd sur les finances de l'État. Les intérêts et commissions sont passés de 1 190,6 milliards à 1 285,2 milliards de FCFA. Cette augmentation de 94,6 milliards s'explique par une dégradation de la signature du pays sur les marchés financiers, obligeant le Sénégal à se tourner vers des bons du Trésor à maturité courte, dont les taux d'intérêt sont plus élevés. Cette situation porte les besoins de financement globaux à 6 774,2 milliards de FCFA, incluant le remboursement du principal de la dette et l'apurement des arriérés dus au secteur privé.
Arbitrages entre investissement et protection sociale
Face à l'urgence, le gouvernement a dû prioriser certaines dépenses au détriment des investissements. Le coût des subventions énergétiques, exacerbé par la hausse des cours mondiaux du pétrole, ainsi que le renforcement des filets de protection sociale et les revalorisations salariales dans le secteur de la santé, représentent une charge supplémentaire de 535 milliards de FCFA. Pour financer ces engagements, l'État a réduit ses dépenses d'investissement de 555 milliards de FCFA, touchant aussi bien les ressources internes que les financements externes. En conséquence, le déficit budgétaire s'établit désormais à 7,6 % du PIB, contre une prévision initiale de 5,4 %.