Le Sénégal opère une mutation stratégique dans sa gouvernance économique, passant d'une logique d'attraction des investissements étrangers à une priorité accordée au contenu local et au patriotisme économique. Cette nouvelle dynamique, qui s'inscrit dans la continuité des échanges entamés depuis 2000, place désormais les entreprises nationales au cœur des projets publics et de la transformation structurelle du pays.
L'évolution du dialogue État-secteur privé
Depuis l'alternance de 2000, les relations entre l'État et le patronat ont connu plusieurs phases. Sous Abdoulaye Wade, l'accent était mis sur l'amélioration de l'environnement des affaires, notamment via la création de l'APIX. Sous Macky Sall, le Plan Sénégal émergent (PSE) a davantage intégré le secteur privé dans les grands chantiers d'infrastructures et d'énergie, bien que des points de friction persistants aient marqué cette période, tels que la dette intérieure, la fiscalité et l'accès au financement.
La montée en puissance du patriotisme économique
Avec l'arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en 2024, une nouvelle orientation a été impulsée. Le gouvernement, sous la conduite d'Ousmane Sonko, a placé le secteur privé national au centre de l'Agenda national de transformation et de la Vision Sénégal 2050. Cette approche se traduit par une volonté d'accroître la participation des entreprises locales aux marchés publics et par l'élaboration d'un projet de loi sur le patriotisme économique, salué par les organisations patronales lors de la présentation du plan de redressement « Jubbanti Koom ».
Vers une refonte des instances de concertation
Malgré ces avancées, les entreprises continuent de porter des revendications classiques liées au coût des facteurs, à la commande publique et à l'accès au crédit. Conscient de ces enjeux, l'exécutif cherche à moderniser ses outils de dialogue. En février 2026, l'APIX et la Primature ont entamé une concertation pour repenser le format du Conseil présidentiel de l'investissement (CPI). Le directeur général de l'APIX, Bakary Sega Bathily, a admis que le modèle actuel du CPI avait atteint ses limites, nécessitant une adaptation aux nouvelles exigences de souveraineté économique du pays.