Le Sénégal peut-il se libérer par la connaissance plutôt que par le pouvoir politique ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 63 lectures
Le Sénégal peut-il se libérer par la connaissance plutôt que par le pouvoir politique ?

Dans un essai remarqué, un étudiant en histoire de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar défend une thèse audacieuse : le salut du Sénégal ne viendra pas des urnes ni des manifestations de rue, mais d'une révolution silencieuse commencée dans les écoles, les laboratoires et les bibliothèques.

L'étudiant comme « chercheur de savoir »

L'auteur, Abdourahmane Cisse, étudiant en troisième année d'histoire moderne et contemporaine, part d'une conviction simple : être étudiant signifie avant tout « être celui qui cherche, celui qui questionne, celui qui doute ». Il refuse however de se présenter comme détenteur de vérité absolue. Sa question centrale : quelle révolution le Sénégal doit-il accomplir au XXIe siècle ? Une question qu'il juge « plus grande qu'un homme, plus grande qu'un parti, plus grande qu'une election ».

La critique de la « politique spectacle »

Le texte dresse un constat sévère de la scène politique sénégalaise. Pour l'auteur, « une nation ne transforme pas durablement son destin simplement parce qu'elle change ses dirigeants ». Il distingue clairement entre mobilisations populaires — qu'il ne remet pas en cause dans leur légitimité — et véritable transformation historique. « Toutes les insurrections ne sont pas des révolutions. Tous les changements de gouvernement ne sont pas des révolutions », écrit-il. La preuve ? « Un gouvernement peut tomber en quelques jours. Une université d'excellence demande des décennies. Un laboratoire scientifique performant demande des investissements constants. Un système éducatif solide exige une politique menée sur plusieurs générations. »

L'économie du savoir contre l'économie de la rente

L'argument central de l'essai tourne autour de la dépendance technologique et intellectuelle. L'auteur prend l'exemple du pétrole brut vendu à prix fixe puis racheté transformé « dix fois plus cher », ou du minerai exporté qui revient sous forme de téléphones et batteries « avec une valeur multipliée par 100 ». « Qui gagne dans cette histoire ? Celui qui a la connaissance pour transformer », pointe-t-il. Sa conclusion : « Tant que nous exportons brut et importons transformé, nous restons dépendants. »

Dix chantiers pour une « patience stratégique »

L'auteur propose dix mesures concrètes : un pacte national pour l'éducation (7% du budget national et 2% du PIB pour la recherche), la création de lycées d'excellence scientifique, un fonds souverain du savoir, des écoles doctorales, la numérisation des manuels en langues nationales, des alliances entre universités et entreprises, des pôles d'innovation, une révolution médiatique du savoir, l'organisation de la diaspora scientifique, et un tableau de bord trimestriel mesurant les progrès. « Si on fait ces dix chantiers à 70% seulement, le Sénégal change de catégorie en 15 ans », avance-t-il.

Ce texte, qui se présente comme un manifeste d'une génération, pose une question fondamentale : le continent africain doit-il continuer à chercher son salut dans les alternances politiques ou dans la construction patiente de ses capacités intellectuelles ?

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.