Le Sénégal franchit une étape décisive dans sa stratégie énergétique en actant la construction d'une seconde raffinerie d'une capacité annuelle de 4 millions de tonnes. Ce projet ambitieux, porté par un partenariat entre la Société africaine de raffinage (SAR) et le groupe turc Yamata, vise à transformer localement les ressources pétrolières nationales tout en modernisant l'outil industriel existant.
Un levier pour la souveraineté pétrolière
La nouvelle infrastructure est conçue pour traiter le brut extrait du champ de Sangomar, ainsi que d'autres ressources disponibles sur le marché mondial. Ce projet répond à un enjeu stratégique majeur pour le pays, devenu producteur de pétrole en 2024 mais dépendant encore des importations pour ses produits raffinés. À terme, cette capacité de traitement accrue doit permettre de satisfaire la demande intérieure tout en positionnant le Sénégal comme un exportateur net de produits pétroliers vers les marchés de la sous-région.
Un modèle de financement sans garantie souveraine
Le coût global de cette nouvelle unité est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars. Selon les termes du protocole signé à New York par le directeur général de la SAR, Mamadou Abib Diop, et le PDG de Yamata, Cengiz Duyar, le constructeur turc prendra en charge l'ingénierie, les achats et la construction. Un point notable de cet accord réside dans le montage financier : Yamata est responsable de la mobilisation des fonds auprès de ses partenaires, sans que l'État sénégalais n'ait à fournir de garantie souveraine. Les études d'ingénierie de détail marquent désormais le lancement opérationnel du processus.
Modernisation et retombées socio-économiques
Au-delà de la construction de cette nouvelle raffinerie, le partenariat inclut un volet de modernisation du site historique de Mbao, dont le coût est évalué entre 300 et 500 millions de dollars. Le projet intègre également des activités de pétrochimie, élargissant ainsi la chaîne de valeur industrielle du pays. Sur le plan social, les autorités prévoient la création de plus de 15 000 emplois directs durant la phase de construction. L'accent est mis sur le contenu local, avec une priorité donnée aux compétences nationales dans les secteurs de l'ingénierie, de la maintenance, du bâtiment et de la logistique industrielle, en cohérence avec le référentiel Sénégal 2050.