Le Sénégal a officiellement inauguré son programme d’énergie nucléaire lors d’un atelier national à Dakar, en présence de hauts responsables, de l’AIEA et de délégations du Kenya et de la Pologne. Le gouvernement y voit un levier pour garantir une électricité 24 h/24, diversifier le mix énergétique et soutenir le développement industriel.
Un cadre politique et international solide
Le ministre de l’Énergie et du Pétrole a déclaré que la décision politique était prise et que la mise en œuvre devait se faire avec méthode et rigueur. L’événement a réuni des représentants de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui ont rappelé que le Sénégal s’inscrit dans une dynamique mondiale visant à tripler les capacités nucléaires d’ici 2050, initiative déjà adoptée par 38 pays, dont six en Afrique. Les échanges ont souligné la coopération régionale, avec la présence de délégations kenyanes et djiboutiennes, et le partage d’expériences avec la Pologne, qui progresse dans la construction de ses premières centrales et de SMR.
Les petits réacteurs modulaires au cœur de la stratégie énergétique
Catherine Diop, ingénieure nucléaire et directrice de la transition énergétique, a présenté les petits réacteurs modulaires (SMR) comme la technologie la plus adaptée au contexte sénégalais. Trois SMR de 300 MW pourraient couvrir environ 20 % des besoins nationaux en 2050, avec un coût estimé entre 60 et 100 $ / MWh (36‑60 FCFA / kWh). Cette solution offrirait une densité énergétique de 1 000 W/m², bien supérieure à celle du solaire, tout en maintenant une empreinte carbone très faible.
Cadre juridique, expertise locale et défis de mise en œuvre
Le pays ne part pas de zéro : une loi sur le nucléaire (2021) et la loi 2021‑44 sur la radioprotection, la sûreté et la sécurité nucléaires ont renforcé l’Autorité sénégalaise pour la radioprotection, la sûreté et la sécurité nucléaires (ARSN). Le Sénégal utilise déjà le nucléaire dans la médecine, l’industrie et l’agriculture, disposant d’inspecteurs formés et d’une base de données d’expertise. Les conventions internationales, dont le Traité de non‑prolifération, ont été ratifiées, même si certaines adhésions restent à finaliser.
Financement, capital humain et acceptabilité sociale
Le financement constitue le premier obstacle : les phases préparatoires seront assurées par l’État, mais la construction de la centrale nécessitera des crédits, des emprunts ou des contrats d’achat d’énergie. Le développement de compétences nucléaires, qui s’étale sur plusieurs générations, est également crucial ; le ministre a insisté sur la nécessité de former des ingénieurs, techniciens et experts en maintenance dès maintenant. Enfin, la confiance du public sera déterminante ; le gouvernement a souligné que la communication transparente et scientifiquement fondée doit être intégrée à l’infrastructure du programme.