Le paysage médiatique sénégalais se dote d'une nouvelle instance de contrôle interne avec l'installation officielle des 12 membres du Tribunal des pairs du Conseil pour l'observation des règles d'éthique et de déontologie dans les médias (CORED). Cette cérémonie, présidée par le ministre de la Communication Bacary Sarr, marque une volonté de responsabiliser la profession face aux mutations technologiques rapides, notamment l'émergence de l'intelligence artificielle et la prolifération des fausses informations.
Un engagement pour l'intégrité professionnelle
Les 12 nouveaux membres, parmi lesquels figurent des figures reconnues du secteur comme Tidiane Kassé et Awa Thiaw, ont solennellement pris l'engagement de défendre l'indépendance des journalistes et techniciens des médias. Leur mission est claire : protéger les professionnels contre les pressions extérieures tout en luttant activement contre les dérives telles que le plagiat, la malveillance et les contenus discriminatoires. En plaçant l'éthique au cœur de leur mandat, ils visent à garantir que le jugement des journalistes soit avant tout le fait de leurs pairs, renforçant ainsi la crédibilité du secteur.
La force de la sanction morale
Le président du CORED, Ousmane Ibrahima Dia, a tenu à clarifier la nature de cette instance : bien que dépourvue de pouvoir coercitif au sens juridique, le Tribunal des pairs exerce une autorité morale déterminante. Dans un écosystème médiatique saturé par la révolution numérique, cette condamnation morale constitue un levier essentiel pour maintenir les fondamentaux du journalisme, à savoir le respect des faits, le pluralisme et l'équilibre de l'information. Cette approche par l'autorégulation est présentée comme une alternative nécessaire pour limiter une intervention directe des pouvoirs publics dans la gestion des médias.
Vers une régulation adaptée aux défis numériques
La cérémonie a également été l'occasion d'aborder les enjeux structurels du secteur. Face à la multiplication des canaux de diffusion, le CORED appelle à un renforcement de ses capacités et exprime une attente forte concernant la mise en place prochaine du Conseil national de régulation des médias et du numérique (CNRM). Cette collaboration entre autorégulation professionnelle et régulation étatique est perçue comme la condition sine qua non pour préserver la responsabilité des médias dans un contexte où la désinformation et l'usage de l'intelligence artificielle imposent une vigilance accrue.