Le Sénégal se trouve à un tournant critique concernant la gestion de ses engagements financiers internationaux. Selon l'économiste Chahm Morka, toute tentative d'annulation ou de suspension unilatérale du remboursement de la dette exposerait le pays à des risques majeurs, allant de l'isolement financier à des contentieux judiciaires internationaux complexes.
Les dangers juridiques des clauses d'exécution
Les émissions d'eurobonds contractées par l'État sénégalais sont régies par le droit anglais ou américain et comportent des clauses de renonciation à l'immunité d'exécution. En cas de défaut, ces dispositions permettraient aux créanciers d'engager des procédures judiciaires internationales et de procéder à des saisies conservatoires sur les actifs de l'État détenus à l'étranger. L'expert souligne que la notion de « dette odieuse » ne peut être invoquée ici, celle-ci étant réservée aux régimes dictatoriaux ayant détourné des fonds, contrairement à l'hypothèse d'une « dette illégale » liée à des emprunts contractés sans approbation parlementaire.
La complexité des montages financiers et dettes dissimulées
La situation est aggravée par des instruments financiers sophistiqués, notamment des swaps de rendement total conclus en 2025. Ces montages, qui reposent sur des garanties en obligations domestiques, dissimulent une partie de la dette réelle et incluent des clauses d'accélération. L'un de ces dispositifs expose spécifiquement le pays à un remboursement immédiat de 300 millions d'euros, alourdissant une signature souveraine déjà fragilisée par la révision à la hausse de la dette publique par le FMI.
Tensions sur la trésorerie et accès au marché de l'UMOA
Le calendrier de remboursement impose une pression immédiate sur les finances publiques : le Sénégal doit honorer 221 milliards de francs CFA en mars au titre de ses eurobonds, sur un total annuel de 747 milliards. Cette charge est colossale au regard des recettes fiscales mensuelles, estimées à 360 milliards de francs CFA. Un défaut de paiement risquerait de paralyser le système financier national et de couper l'accès de l'État au marché obligataire de l'UMOA. Déjà, les investisseurs manifestent leur méfiance par un écartement des spreads et l'exigence de garanties renforcées, contraignant le gouvernement à rechercher activement des marges de manœuvre diplomatiques et financières.