La dégradation de la note souveraine du Sénégal par l'agence Moody’s, passée de Caa1 à Caa2 fin août 2026, met en lumière la vulnérabilité du modèle de financement national. Alors que les besoins bruts de financement atteindront 25 % du PIB d'ici 2026, cette fragilité budgétaire impose une réflexion urgente sur la dépendance à l'emprunt et la mobilisation des ressources internes.
Les limites du modèle actuel d'endettement
Le recours massif à l'emprunt pour financer les infrastructures et les déficits budgétaires a atteint un point critique. Avec une croissance qui ralentit et un coût du capital en hausse, le modèle traditionnel montre ses limites. L'État sénégalais, qui a déjà mobilisé l'équivalent de 8 % de son PIB sur le marché régional depuis le début de l'année, doit désormais envisager une transition vers une économie génératrice de capital propre. L'enjeu est de passer d'une logique de financement par la dette à une stratégie de valorisation des actifs nationaux.
Valoriser le patrimoine économique national
Le Sénégal dispose d'un levier de croissance significatif à travers ses participations publiques, ses ressources naturelles et ses infrastructures. La souveraineté financière repose sur la capacité de l'État à transformer ces actifs en capital productif. Cela implique une gestion rigoureuse pour attirer les investisseurs institutionnels, stimuler les partenariats public-privé et capter plus efficacement l'épargne nationale ainsi que les apports de la diaspora. Si le Fonds monétaire international (FMI) joue un rôle clé dans la stabilisation macroéconomique, il ne peut se substituer à cette dynamique de création de valeur endogène.
Le levier stratégique des fonds d'investissement
Pour structurer cette nouvelle approche, la question de la gestion des actifs publics est centrale. L'idée d'un fonds national d'investissement, doté d'une gouvernance indépendante et professionnelle, est avancée pour centraliser et valoriser les actifs stratégiques sur le long terme. Une alternative consiste à renforcer le FONSIS, dont l'expertise est déjà reconnue, afin d'en faire un moteur de financement des investissements productifs. L'objectif est clair : sanctuariser ces ressources pour financer le développement plutôt que de les laisser absorber par les dépenses courantes de l'État.