Face à une prévalence chronique touchant jusqu'à 10 % de la population sénégalaise, les autorités sanitaires appellent à une refonte du modèle de financement des soins. Le Programme national de lutte contre les hépatites (PNLH) place désormais la gratuité du traitement au cœur de sa stratégie pour espérer éliminer le virus d'ici 2030.
Un frein financier persistant pour les patients
Malgré les efforts de subvention, l'accès aux médicaments demeure une barrière majeure pour les malades. Le ténofovir, pilier du traitement contre l'hépatite B, reste facturé à 5 000 francs CFA la boîte. Pour le professeur Bamba Kane, coordonnateur du PNLH, ce coût constitue un obstacle direct à une prise en charge efficace, alors même que le virus présente une contagiosité supérieure à celle du VIH.
Le succès du modèle SEN-B comme levier
Le projet SEN-B, piloté par le professeur Moussa Seydi depuis 2019, offre une alternative probante. En assurant la gratuité totale des consultations, des examens biologiques et des traitements pour plus de 1 000 patients, cette initiative a démontré la pertinence d'une approche intégrée mêlant recherche clinique et prévention. Ces résultats servent aujourd'hui d'argument scientifique pour convaincre les bailleurs de fonds et les autorités nationales de la nécessité d'un engagement financier accru.
Inquiétudes sur l'accessibilité des soins
La question du coût ne se limite pas aux médicaments. Fatou Nguirane, présidente de l'association Safara Hépatite Sénégal, a exprimé ses vives préoccupations concernant la hausse annoncée des tarifs pour le dépistage, la vaccination et les bilans médicaux. Pour les associations de patients, cette tendance est en contradiction directe avec l'objectif d'élimination des hépatites virales. Elles réclament une intervention urgente du PNLH pour sanctuariser l'accessibilité financière de ces services essentiels.
L'impératif d'un financement pérenne
La lutte contre l'hépatite B au Sénégal se trouve à un tournant. Si les données collectées par le projet SEN-B permettent de mieux cartographier les besoins et d'orienter les patients, l'insuffisance des ressources allouées reste le principal point de blocage. Le plaidoyer pour la gratuité s'inscrit dans une perspective plus large : celle de transformer les acquis de la recherche en une politique publique robuste, capable de mobiliser des financements nationaux et internationaux à la hauteur de l'enjeu sanitaire national.