La vie politique sénégalaise traverse une période de turbulences inédite marquée par une rupture au sommet de l'État. L'élection d'Ousmane Sonko à la présidence de l'Assemblée nationale, avec 132 voix sur 165, a profondément modifié l'équilibre des pouvoirs, plaçant le législatif sous le contrôle d'une figure désormais en opposition avec le chef de l'État.
Un divorce politique au sommet
La dynamique actuelle découle du spectaculaire divorce entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Après la fin des fonctions de ce dernier au poste de Premier ministre en mai, son élection à la tête du Parlement a créé une configuration où le camp présidentiel ne contrôle plus l'institution chargée de voter les lois. Cette situation place le gouvernement, désormais dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, dans une position de vulnérabilité face à une Assemblée dominée par le parti Pastef, transformant l'ancien allié du président en un rival institutionnel puissant.
Le blocage du fonctionnement parlementaire
Les tensions dépassent le cadre des relations personnelles pour paralyser le fonctionnement des institutions. Un exemple récent illustre cette impasse : le désaccord sur le calendrier de la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre. Alors que l'exécutif souhaitait une présentation le 1er septembre, le Bureau de l'Assemblée nationale a opposé une fin de non-recevoir, invoquant des procédures parlementaires et limitant l'ordre du jour de la session extraordinaire. Ce type de friction témoigne d'une volonté du législatif de marquer son indépendance et de contester les méthodes de l'exécutif.
L'horizon incertain d'une dissolution
Face à ce blocage, l'idée d'une dissolution de l'Assemblée nationale gagne du terrain dans le débat public. Pour le chef de l'État, un retour aux urnes représenterait une opportunité stratégique de conquérir une majorité parlementaire qui lui soit directement acquise, afin de s'affranchir de l'influence de son ancien allié. Toutefois, cette option se heurte à un verrou juridique contraignant : la Constitution sénégalaise interdit en principe toute dissolution avant le 2 décembre 2026. D'ici cette échéance, la stabilité du pays dépendra de la capacité des deux têtes de l'exécutif et du législatif à gérer leurs divergences sur les finances publiques et les prochaines échéances électorales territoriales.