Le gouvernement sénégalais a engagé des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 2,2 milliards de dollars destiné à financer un programme de réformes sur la période 2026-2029. Cette initiative, présentée comme un levier pour stabiliser les finances publiques tout en préservant les ménages les plus précaires, suscite une vive opposition de la part du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) du Sénégal.
Les craintes d'un retour aux politiques d'austérité
Le CADTM exprime une inquiétude majeure quant aux contreparties de cet emprunt, craignant une réédition des plans d'ajustement structurel imposés au pays dès les années 1980. L'organisation anticipe des conséquences sociales lourdes, notamment une réduction drastique des dépenses publiques, une limitation des recrutements dans la fonction publique et une suppression des subventions essentielles. Selon le comité, la priorité accordée au remboursement de la dette risque de se traduire par une pression fiscale accrue sur les populations, au détriment des besoins sociaux fondamentaux.
L'exigence d'une transparence citoyenne
Face à ces enjeux, le CADTM appelle à la réalisation d'un audit indépendant et citoyen de la dette publique sénégalaise avant toute nouvelle signature d'accord financier. Cette démarche vise à distinguer les dettes légitimes de celles qualifiées d'illégales ou d'odieuses. Pour l'organisation, il est impératif que le peuple sénégalais puisse exercer un droit de regard sur les engagements financiers pris en son nom, afin de garantir la transparence des conditions de remboursement et l'usage réel des fonds mobilisés.
Un débat public sur la stratégie d'endettement
Au-delà de cet emprunt spécifique, le CADTM insiste sur la nécessité d'ouvrir un débat national approfondi concernant le recours aux mécanismes internationaux, tels que le Cadre commun du G20 ou les plans de traitement de la dette. L'organisation souligne que la gestion de la dette ne doit pas être une affaire exclusivement technique ou diplomatique, mais une question politique centrale. La mise en perspective historique avec les programmes des années 1980 sert ici d'avertissement sur les risques de dépendance financière à long terme pour le pays.