À l'occasion de l'ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) à Dakar, le gouvernement sénégalais a lancé un appel pressant pour une application effective des normes continentales. Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a souligné que la crédibilité du système africain ne dépend plus de la multiplication des textes, mais de leur impact réel sur le quotidien des populations.
L'impératif de l'exécution des décisions
Le Sénégal, qui a joué un rôle historique dans l'élaboration de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, insiste sur la nécessité de transformer l'héritage juridique en actes concrets. Selon le garde des Sceaux, l'inexécution des décisions de justice et le non-respect des recommandations de la Commission fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions. Pour pallier ce déficit, le pays préconise un dialogue renforcé entre les États et les mécanismes de protection, ainsi qu'une meilleure appropriation de la jurisprudence africaine par les juridictions nationales.
Cinq axes pour une gouvernance protectrice
Le gouvernement sénégalais a défini cinq priorités stratégiques pour renforcer la protection des droits sur le continent. Outre l'application des décisions, Dakar met l'accent sur la préservation de l'espace civique, garantissant la liberté d'expression et l'indépendance des organisations de la société civile. La justice sociale et économique, incluant l'accès à l'éducation et à la santé, est présentée comme le socle indispensable à l'exercice des droits civils. Enfin, le pays place l'indépendance de la justice et la régulation des nouveaux défis — tels que l'intelligence artificielle, l'apatridie et les impacts climatiques — au cœur de l'agenda africain.
Éduquer pour mieux protéger
Au-delà des réformes institutionnelles, le Sénégal plaide pour une appropriation citoyenne des droits humains. Le ministre a souligné qu'un droit méconnu est un droit inopérant. Il a ainsi appelé à intégrer l'enseignement de la Charte dans les programmes scolaires, à vulgariser ses principes dans les langues nationales et à sensibiliser davantage les forces de défense et de sécurité. Cette démarche vise à ancrer les droits de l'homme dans les valeurs de solidarité et de dignité propres aux traditions africaines, tout en préparant le continent aux échéances de 2028, année que l'Union africaine consacrera aux droits de l'homme.