Un programme d'électrification rurale visant 928 localités sénégalaises se retrouve au cœur d'une procédure judiciaire après le blocage prolongé des travaux. Malgré le versement d'une avance de 56 millions d'euros à l'entreprise espagnole AEE Power EPC, le chantier n'a jamais démarré, soulevant des interrogations majeures sur la gestion des fonds publics.
Un litige financier entre partenaires
Le cœur du blocage réside dans un conflit interne entre AEE Power EPC Espagne et sa filiale locale, AEE Power Sénégal. Cette dernière, désignée comme sous-traitant et mandataire, revendiquait près de 60 % de la valeur financière du marché. La discorde a éclaté autour du partage de l'avance versée par l'État. La maison mère espagnole a choisi d'écarter son partenaire sénégalais, invoquant une perte de confiance et des accusations de faux, lesquelles n'étaient pas étayées par des preuves matérielles au moment des faits.
L'échec des tentatives de conciliation
Face à l'immobilisme du projet, l'Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) a tenté d'intervenir pour débloquer la situation. Une réunion de conciliation avait été programmée pour le 15 juillet 2024 afin de clarifier les responsabilités et de relancer les travaux. Cependant, AEE Power EPC Espagne a refusé de se présenter à cette convocation, rejetant toute médiation. Cette absence a marqué un tournant, confirmant l'impasse administrative dans laquelle se trouvait le dossier.
Une procédure judiciaire en cours
Dans une note datée du 26 août 2024, l'ancien ministre de l'Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, avait alerté sur la nécessité d'une vérification rigoureuse de l'utilisation des fonds et d'une révision des structures de prix. Le ministre insistait également sur l'impératif d'une implication réelle des entreprises nationales dans ce projet d'envergure. Le dossier a depuis basculé sur le terrain pénal : le 18 août 2026, une information judiciaire pour faux et détournement a été officiellement ouverte par le procureur financier, Alioune Abdoulaye Sylla, suite à une plainte déposée par le député Thierno Alassane Sall.