Face à la Commission des lois, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a justifié le projet de loi visant à prolonger la validité des cartes d’identité biométriques CEDEAO. Cette mesure, présentée comme une nécessité technique, vise à pallier les limites du calendrier contractuel actuel tout en amorçant une transition vers une gestion nationale des titres officiels.
Contraintes contractuelles et calendrier de renouvellement
La décision de proroger la validité des titres d'identité découle d'une impasse logistique liée au contrat avec l'opérateur malaisien Iris, en vigueur depuis 2016. L'échéance contractuelle fixée au 21 mai 2027 ne permet pas, selon le ministre, de finaliser le renouvellement de l'ensemble des cartes en circulation dans les délais impartis. La mesure prévoit une extension temporaire, estimée à une année, pour permettre un remplacement progressif des 700 000 cartes arrivant prochainement à expiration.
Sécurisation des données et souveraineté numérique
Le ministre a confirmé qu'une cyberattaque avait récemment ciblé la Direction de l’automatisation des fichiers, soulignant la vulnérabilité des systèmes actuels. En réponse, un audit général a été lancé pour renforcer la protection des données. Le gouvernement sénégalais ambitionne désormais de reprendre la main sur ses infrastructures critiques, notamment par la création d'un data center national. Cette stratégie s'inscrit dans une volonté plus large d'internaliser la production des titres officiels en s'appuyant sur l'expertise des entreprises locales.
Fiabilisation de l'état civil et perspectives électorales
Au-delà de la question des cartes, le gouvernement met l'accent sur l'assainissement de l'état civil, préalable indispensable à toute numérisation efficace. Mouhamadou Makhtar Cissé a reconnu l'existence de fraudes documentaires, affirmant la nécessité d'une vérification rigoureuse des données. Concernant les prochaines échéances électorales, le ministre a tenu à dissocier la prorogation des cartes du calendrier politique. Il a assuré que les titres actuels permettront aux citoyens de voter lors des élections territoriales, tout en précisant que l'ouverture des listes électorales dépendra de la fixation officielle de la date du scrutin.
Évolution de la validité des passeports
Le ministère se montre ouvert à l'allongement de la durée de validité des passeports à dix ans, une mesure qui pourrait toutefois entraîner une révision de la tarification. Cette réflexion inclut la possibilité de créer des titres spécifiques pour les grands voyageurs, avec des durées et des coûts adaptés, afin de mieux répondre aux besoins de mobilité tout en garantissant l'équilibre financier du système de production.