Le gouvernement sénégalais amorce une transition majeure de sa politique budgétaire en visant le remplacement des subventions généralisées par un mécanisme de soutien ciblé. Cette réforme intervient après la mise en lumière d'une répartition jugée inéquitable, où une large part des aides publiques profite aux ménages les plus aisés.
Un déséquilibre structurel dans l'aide publique
Le 1er septembre 2026, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a révélé qu'environ 65 % des aides publiques à la consommation bénéficient aux 20 % des citoyens les plus fortunés. Ce constat, qui souligne le caractère régressif du dispositif actuel, s'appuie sur des analyses antérieures, notamment une étude de 2024 de la Direction générale de la planification et des politiques économiques. Ces données indiquaient déjà que les 20 % les plus aisés captaient 41 % des subventions énergétiques, un chiffre corroboré par l'OCDE. La transparence sur les méthodes de calcul et le périmètre exact de ces indicateurs demeure toutefois un enjeu central pour crédibiliser la réforme annoncée.
Vers une rationalisation des dépenses énergétiques
Depuis plusieurs années, le coût élevé et le ciblage imparfait des subventions énergétiques font l'objet de recommandations de la part des institutions financières internationales. Celles-ci préconisent une rationalisation des dépenses publiques au profit de compensations directes pour les populations les plus précaires. Le gouvernement sénégalais semble désormais vouloir traduire ces recommandations en actes, en délaissant les aides généralisées au profit de secteurs jugés essentiels, tels que les transports collectifs et la protection sociale directe.
Le renforcement du Programme national de bourses de sécurité familiale
La stratégie de compensation repose sur l'extension du Programme national de bourses de sécurité familiale (PNBSF). Créé en 2013, ce dispositif a vu son périmètre s'élargir considérablement, passant de 50 000 ménages à plus de 355 000 bénéficiaires au premier trimestre 2026. L'ambition affichée par les autorités est de doubler l'enveloppe budgétaire dédiée, qui devrait passer de 70 à 140 milliards de FCFA en 2027. L'objectif est de porter le nombre de foyers couverts à plus d'un million, marquant ainsi une étape décisive dans la volonté de l'État de mieux protéger les ménages vulnérables face à la suppression progressive des subventions généralisées.