Le gouvernement sénégalais amorce une transformation profonde de sa gouvernance des ressources extractives, plaçant la souveraineté économique et la valeur ajoutée locale au cœur de sa nouvelle stratégie. Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Mouhamadou Al Amine Lo a dévoilé une feuille de route ambitieuse visant à rééquilibrer les partenariats tout en sécurisant les revenus de l'État à l'horizon 2029.
Renégociation des contrats et sécurité juridique
La stratégie gouvernementale repose sur une approche pragmatique, résumée par la formule « ni brutalité, ni naïveté ». La commission ad hoc, établie en juillet 2024, poursuit actuellement la revue d'une trentaine de conventions minières. L'objectif est de concilier la fermeté nécessaire à la défense de l'intérêt national avec la garantie de sécurité juridique indispensable pour maintenir l'attractivité du pays auprès des investisseurs. Parallèlement, les futurs partenariats public-privé seront désormais soumis à une évaluation rigoureuse des coûts, des risques et des engagements budgétaires à long terme.
Cap sur la transformation locale et les objectifs 2029
Le gouvernement affiche des ambitions chiffrées claires : porter les recettes minières annuelles à 600 milliards de FCFA d'ici 2029, contre 370 milliards en 2019, et doubler la valeur ajoutée du secteur pour atteindre 3 606 milliards de FCFA. Pour y parvenir, l'exécutif mise sur une transformation locale systématique du fer, de l'or et des phosphates, avec un objectif de taux de transformation fixé à 50 %. Ce suivi sera opérationnalisé « contrat par contrat » et fera l'objet d'une publication annuelle des taux de réalisation.
Optimisation de la filière phosphate et nouveaux pôles industriels
Le phosphate occupe une place centrale dans cette nouvelle dynamique. Une stratégie nationale dédiée à l'optimisation de son exploitation est en cours de finalisation. Le gouvernement prévoit notamment le développement d'un pôle industriel dans les zones Nord-Est, Diourbel et Louga, spécifiquement orienté vers la production d'engrais. Ce projet majeur, qui inclut la création d'un centre de recherche et d'une université à Matam, témoigne d'une volonté d'intégrer la recherche scientifique à l'exploitation industrielle.
Réformes structurelles et transparence
Au-delà des objectifs de production, le cadre législatif et institutionnel sera modernisé. Le gouvernement prévoit l'adoption d'un nouveau code minier avant fin 2026, la finalisation de l'audit des titres miniers et la mise en place de fonds dédiés à la réhabilitation des sites et au développement local. Ces mesures s'inscrivent dans un engagement renouvelé envers l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), garantissant une gestion plus rigoureuse et responsable du patrimoine minier national.