Réunis à Saly, les acteurs du secteur halieutique sénégalais ont plaidé pour une restructuration profonde de la gouvernance des ressources marines. Ce dialogue met en lumière la nécessité de réévaluer les partenariats internationaux, notamment avec l'Union européenne, afin de garantir la sécurité alimentaire nationale et de soutenir la transformation locale.
Une souveraineté halieutique en question
Le débat central porte sur la pertinence des accords de pêche actuels au regard de l'état des stocks. Selon l'expert Massal Fall, biologiste des pêches, la signature d'accords avec des partenaires étrangers ne devrait être envisagée que sur la base d'un surplus de production avéré. Or, le chercheur souligne que cette condition n'est plus remplie, rendant les conventions actuelles peu avantageuses pour l'État sénégalais. Il préconise une prudence accrue dans l'octroi de nouvelles licences, plaçant la préservation des ressources et les besoins des populations locales comme impératifs absolus.
Les freins structurels à la croissance
Au-delà des accords internationaux, le secteur fait face à des défis internes majeurs identifiés par l'économiste Moustapha Dème. La surpêche, la surcapacité de la flotte et le surinvestissement menacent la durabilité de l'activité. Cette pression sur les ressources se traduit par une pénurie sur le marché intérieur, alors même que le potentiel halieutique du pays est important. L'exportation massive de petits pélagiques congelés, sans transformation préalable, est pointée du doigt comme un manque à gagner significatif pour l'économie nationale.
Valoriser la transformation locale
L'enjeu de la transformation est au cœur des recommandations pour dynamiser le secteur. En favorisant l'accès à la matière première pour les transformatrices locales, le Sénégal pourrait exporter des produits à plus forte valeur ajoutée. Cette stratégie permettrait non seulement de consolider les emplois nationaux, mais aussi de créer une richesse durable. Pour accompagner cette mutation, les participants à la rencontre ont insisté sur l'obligation de renforcer la sécurité maritime et de maintenir un dialogue permanent entre les acteurs de la pêche artisanale et industrielle afin d'harmoniser les pratiques.