Le Sénat nigérian engage la dépénalisation de la tentative de suicide pour privilégier une approche médicale

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 4 lectures
Le Sénat nigérian engage la dépénalisation de la tentative de suicide pour privilégier une approche médicale

Le Sénat nigérian a franchi une étape législative majeure en adoptant en deuxième lecture le projet de loi sur la prévention du suicide (SB 730). Ce texte ambitionne de mettre fin à la criminalisation des tentatives de suicide, actuellement passibles de poursuites pénales, pour les transformer en urgences médicales nécessitant une prise en charge spécialisée.

Une réforme pour briser le cycle de la criminalisation

Actuellement, les sections 327 du Code pénal et 231 du Code pénal nigérian considèrent la tentative de suicide comme une infraction, exposant les survivants à des risques d'emprisonnement. Cette approche punitive est vivement critiquée par les organisations de santé mentale, dont Nigerian Mental Health (NMH) et le Nigeria Suicide Prevention Advocacy Working Group (NSPAWG). Selon ces experts, la menace judiciaire dissuade les personnes en détresse et leurs familles de solliciter une aide médicale urgente. Avec plus de 15 000 décès et environ 300 000 tentatives recensées annuellement par l'Organisation mondiale de la santé, le pays cherche désormais à aligner sa législation sur une approche centrée sur la dignité humaine et le soin.

Vers un cadre national de prévention et de suivi

Au-delà de la simple dépénalisation, le projet de loi porté par le sénateur Asuquo Ekpenyong propose l'instauration d'un cadre national coordonné. Ce dispositif prévoit des services de réponse aux crises, des évaluations médicales systématiques, ainsi qu'un suivi thérapeutique pour les survivants. Le texte insiste également sur la formation des premiers intervenants et le renforcement de la collecte de données nationales. Cette initiative s'inscrit dans la continuité de la Loi nationale sur la santé mentale de 2021, bien que les associations rappellent que l'efficacité de ces mesures dépendra de financements pérennes et d'une mise en œuvre rigoureuse par le ministère de la Santé.

Des débats persistants au sein de l'hémicycle

Le processus législatif n'est pas exempt de résistances. Lors des débats, le président du Sénat, Godswill Akpabio, a exprimé des réserves, craignant qu'une absence de sanction pénale ne puisse encourager les tentatives de suicide. Il a insisté sur la nécessité d'impliquer les assemblées législatives des États lors des futures auditions publiques pour éviter toute contradiction avec les lois locales existantes. Face à ces réticences, les organisations de défense des droits appellent à une mobilisation citoyenne et à une expertise scientifique accrue. Elles exhortent les commissions sénatoriales en charge du dossier à organiser des auditions inclusives, permettant aux professionnels de santé et aux personnes ayant vécu une telle détresse d'apporter leur éclairage sur les réalités du terrain.

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