Le secteur manufacturier nigérian traverse une zone de turbulences critiques, marquée par une pression constante sur les coûts de production et une érosion du pouvoir d'achat. Segun Ajayi-Kadir, directeur général de la Manufacturers Association of Nigeria (MAN), exhorte les autorités à dépasser la simple résilience des entreprises, qu'il qualifie de « mentalité de souffrance » plutôt que de vertu économique.
La pression du change et le défi de la productivité
Le taux de change, oscillant entre 1 400 et 1 500 nairas pour un dollar, demeure le principal facteur d'inflation pour les industriels. Selon la MAN, la dépendance persistante aux importations fragilise la monnaie nationale. Pour Segun Ajayi-Kadir, la solution ne réside pas dans une gestion conjoncturelle, mais dans une augmentation radicale de la productivité intérieure. Sans une montée en puissance de la production locale, le pays restera vulnérable aux fluctuations monétaires et à l'importation de produits finis qui exportent, de fait, les emplois nigérians vers l'étranger.
Le paradoxe du financement et des stocks invendus
Les industriels font face à un accès au crédit restreint, les banques privilégiant les prêts au gouvernement, jugés moins risqués. Cette éviction financière est aggravée par des niveaux de stocks invendus atteignant parfois les 2 000 milliards de nairas. Ces stocks, faute de demande suffisante, deviennent un fardeau financier pour les entreprises qui doivent assumer des coûts de stockage et de destruction pour les produits périmés. Cette situation souligne une crise de la consommation intérieure, directement liée à la baisse du revenu disponible des ménages.
Vers une politique de souveraineté industrielle
La MAN appelle à une application rigoureuse de la politique « Nigeria First », visant à privilégier les produits locaux dans les marchés publics. Cette stratégie de souveraineté doit également s'étendre au secteur pétrolier : le pays ne peut plus justifier l'exportation de brut tout en important des produits raffinés. L'organisation plaide pour des incitations permettant aux raffineries locales d'opérer de manière compétitive, transformant ainsi la matière première sur le sol national.
Critique de la régulation par la contrainte
Enfin, la MAN dénonce les méthodes de régulation de la NAFDAC, notamment concernant l'interdiction des boissons alcoolisées en sachet. Pour Segun Ajayi-Kadir, la fermeture d'usines et la saisie de produits légaux sont des mesures « téméraires » qui détruisent des emplois sans résoudre le problème de la consommation. Il avertit que de telles décisions poussent les consommateurs vers des alternatives artisanales non contrôlées, augmentant les risques sanitaires, et préconise une régulation axée sur le respect des normes plutôt que sur la répression aveugle.