Le paysage industriel marocain traverse une période de transition marquée par une pression accrue sur les marges et une prudence croissante en matière de recrutement. Selon les données de Bank Al-Maghrib pour le troisième trimestre 2026, si le climat des affaires demeure globalement stable, la hausse généralisée des coûts de production et les difficultés d'approvisionnement dans certains secteurs clés assombrissent les perspectives de fin d'année.
Des coûts de production en progression constante
La tendance à la hausse des coûts unitaires de production est une réalité partagée par l'ensemble des branches industrielles. Plus de la moitié des entreprises sondées (57%) rapportent une augmentation de leurs charges, tandis que seulement 3% observent une baisse. Cette dynamique est alimentée par plusieurs facteurs structurels : les industriels pointent du doigt l'insuffisance de la demande, le renchérissement des intrants et une concurrence exacerbée, notamment celle provenant du secteur informel. Ces tensions pèsent sur la rentabilité, bien que la majorité des entreprises parviennent à maintenir une trésorerie jugée normale.
Le secteur agroalimentaire sous tension
Les disparités sectorielles sont marquées, l'agroalimentaire se distinguant par des difficultés opérationnelles notables. Près de 36% des entreprises de cette branche font état de problèmes d'approvisionnement en matières premières. Parallèlement, l'accès au financement bancaire y est perçu comme plus complexe que dans le reste de l'industrie. Malgré ces obstacles, ce secteur demeure le seul à afficher une dynamique de recrutement positive, avec 33% des entreprises ayant procédé à des embauches au cours du trimestre écoulé.
Un marché du travail en phase de contraction
L'horizon social du secteur industriel s'annonce morose. Si les effectifs ont globalement stagné au cours du troisième trimestre, les chefs d'entreprise anticipent désormais une réduction des postes pour la fin de l'année 2026. Cette tendance à la baisse est généralisée à toutes les branches. La chimie et la parachimie, qui ont déjà enregistré une réduction des effectifs pour 31% de leurs acteurs, illustrent cette fragilité. Cette prudence sur l'emploi contraste toutefois avec la stratégie d'investissement : à l'exception du textile et cuir, les entreprises maintiennent, voire augmentent, leurs dépenses d'investissement, financées majoritairement par des fonds propres.
Stabilité du coût du crédit malgré les disparités
Sur le plan financier, le coût du crédit reste globalement stable pour 90% des industriels. Toutefois, des nuances apparaissent : la mécanique et la métallurgie, bien que bénéficiant d'un climat des affaires favorable, sont plus exposées à une hausse des taux, signalée par 26% des entreprises du secteur. Cette résilience financière globale permet aux industriels de maintenir un niveau d'investissement soutenu, signe d'une volonté de modernisation malgré un environnement opérationnel devenu plus exigeant.