Le secteur de l'élevage nigérian représente un levier de croissance économique majeur, avec une contribution potentielle estimée à 32 milliards de dollars au Produit Intérieur Brut (PIB) sur les dix prochaines années. Pour concrétiser cette ambition, les experts soulignent la nécessité de transformer radicalement l'environnement opérationnel afin d'attirer massivement les capitaux privés.
Des infrastructures au cœur de la stratégie
Selon le Dr Muda Yusuf, directeur du Centre pour la promotion des entreprises privées (CPPE), l'attractivité du secteur dépend de la capacité de l'État à lever les contraintes structurelles. La recommandation centrale repose sur la création de pôles de production et de transformation dédiés au bétail, à la volaille et aux caprins. Ces zones industrielles devraient être dotées d'infrastructures critiques : accès sécurisé au foncier, approvisionnement en eau et en électricité, services vétérinaires, ainsi que des installations de chaîne du froid et de logistique de transport performantes.
Le défi du financement et des taux d'intérêt
L'un des obstacles majeurs identifiés est l'incompatibilité des taux de prêt commerciaux actuels, oscillant entre 30 et 35 %, avec les cycles de production et les rendements attendus dans l'élevage. Pour pallier cette difficulté, les experts préconisent une intervention publique via des institutions de financement du développement. L'instauration de garanties de crédit, de structures de financement mixte et de mécanismes d'assurance spécifiques au bétail est jugée indispensable pour sécuriser les investissements à long terme.
Modernisation et incitations publiques
La création récente d'un ministère dédié à la gestion des ressources pastorales est saluée comme une avancée institutionnelle. Le Dr Salim Umar, président de l'Initiative des agriculteurs et éleveurs pour la paix et le développement (FHIPD-Africa), insiste sur la nécessité d'accompagner cette structure par des mesures incitatives fortes. L'enjeu est de favoriser le passage vers des méthodes d'élevage modernes et le ranching, tout en renforçant les capacités des instituts de recherche. Cette stratégie vise à transformer une filière largement inexploitée en un moteur de développement durable pour le pays.