La filière de la ferraille à Kaolack traverse une crise structurelle majeure suite à l'application d'un arrêté ministériel de 2024. Cette mesure, qui conditionne l'activité d'exportation à la possession d'un dépôt d'au moins 5 000 m², cristallise les tensions entre les acteurs locaux et les autorités de tutelle.
Un verrou réglementaire contesté
Au cœur du conflit, l'exigence de superficie minimale de 5 000 m² est perçue par les professionnels locaux comme une barrière à l'entrée discriminatoire. Serigne Momar Sokhna, président de la coopérative des ferrailleurs de Kaolack, souligne l'incohérence de cette norme pour les opérateurs établis de longue date. Son propre dépôt, d'une surface de 2 000 m², est actuellement frappé d'une interdiction d'exploitation, alors même qu'il supporte des charges locatives mensuelles d'un million de francs CFA pour d'autres espaces de stockage.
Soupçons de monopole et déséquilibre concurrentiel
La grogne des ferrailleurs sénégalais dépasse le cadre technique pour prendre une dimension politique. Le président de la coopérative dénonce une situation de monopole où, selon lui, les rares exportateurs autorisés à opérer sous le nouveau régime seraient adossés à des intérêts étrangers. Cette concentration du marché, au détriment des acteurs nationaux historiques, est vécue comme une injustice flagrante. Pour les professionnels, cette politique de « deux poids, deux mesures » menace la pérennité des entreprises locales qui peinent à maintenir leurs activités malgré le renouvellement temporaire de leurs licences jusqu'en décembre.
Appel à l'arbitrage du gouvernement
Face à cette impasse, les ferrailleurs de Kaolack interpellent directement le président Bassirou Diomaye Faye et le ministre de l'Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop. La demande est claire : obtenir une dérogation ou une révision des critères d'exploitation pour permettre aux détenteurs de dépôts de 2 000 m² de reprendre leurs activités. Si la prorogation des licences jusqu'à la fin de l'année est saluée comme un premier pas, elle ne résout pas, selon les professionnels, le blocage opérationnel qui paralyse le secteur depuis le début de l'année 2024.