Le scrutin d’Osun rappelle que la démocratie n’est pas une faveur, mais une obligation constitutionnelle

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 17 lectures
Le scrutin d’Osun rappelle que la démocratie n’est pas une faveur, mais une obligation constitutionnelle

Le scrutin d’Osun, marqué par la victoire de l’opposition sans manipulation fédérale, révèle une faille dans la perception de la démocratie au Nigeria : certains y voient encore une concession plutôt qu’une obligation constitutionnelle.

Une victoire sans ingérence, mais célébrée comme un geste

Le gouverneur Adeleke a remporté l’élection d’Osun en 2026 sans que le gouvernement fédéral n’use de son influence pour altérer le résultat. Pourtant, des voix comme celle du ministre FCT Nyesom Wike ont présenté cette absence d’ingérence comme une forme de générosité, voire de clémence. Une interprétation qui trahit une méconnaissance fondamentale du principe démocratique : le pouvoir émane du peuple, et non des institutions.

Cette confusion n’est pas anodine. Elle révèle une tendance à considérer les élections comme un privilège accordé par l’exécutif, alors qu’elles constituent un droit inaliénable, garanti par la Constitution de 1999. L’article 14(2)(c) stipule clairement que « la participation du peuple à son gouvernement doit être assurée conformément aux dispositions de la Constitution ». Trois principes en découlent : la souveraineté populaire, le droit à la participation active, et l’obligation pour l’État de créer les conditions d’un scrutin libre.

Des institutions sous les projecteurs, pas des bienfaiteurs

Le rôle de la Commission électorale indépendante (INEC) et du président Tinubu n’est pas de « permettre » aux Nigérians de voter, mais de garantir que leur volonté s’exprime sans entrave. Pourtant, certains discours politiques continuent de présenter le respect des règles comme une faveur, plutôt que comme une mission constitutionnelle. Cette rhétorique, si elle persiste, risque de normaliser l’idée que la démocratie est un cadeau plutôt qu’un droit.

L’INEC a réaffirmé son engagement en faveur d’élections libres et crédibles avant le scrutin. Mais cette promesse doit se traduire par des actes concrets à tous les niveaux de l’État. La transparence des processus, notamment via l’utilisation de technologies de collation des résultats, est un levier pour renforcer la confiance des citoyens. À Osun, malgré des violences préélectorales, les institutions ont fonctionné : le défi désormais est de maintenir ce standard sans le présenter comme un exploit.

La technologie comme rempart contre les soupçons

Les appels à réduire l’intervention humaine dans la gestion des scrutins ne relèvent pas de l’anarchie, mais d’une volonté de protéger l’intégrité du vote. Les systèmes automatisés, lorsqu’ils sont bien déployés, limitent les risques de manipulation et renforcent la transparence. Leur adoption progressive au Nigeria pourrait atténuer les doutes sur la crédibilité des élections, un enjeu crucial à l’approche des scrutins de 2027.

Pourtant, la technologie ne suffit pas à elle seule. Elle doit s’accompagner d’une culture institutionnelle où le respect des règles prime sur les intérêts politiques. La victoire d’Adeleke à Osun prouve qu’un scrutin peut être équitable sans ingérence externe. Mais pour que cette leçon soit durable, il faut que les acteurs politiques et les institutions intègrent que leur rôle n’est pas de façonner les résultats, mais de les servir.

Vers une démocratie des processus, pas des personnalités

La démocratie se renforce quand les citoyens ont la certitude que leur voix compte. Or, tant que certains présenteront le respect des règles comme une faveur, la méfiance persistera. Le scrutin d’Osun doit servir de référence : non pas parce qu’il a « permis » quelque chose, mais parce qu’il a démontré que, lorsque les institutions fonctionnent, la volonté populaire s’impose naturellement.

Le vrai défi pour le Nigeria n’est pas de célébrer des élections sans manipulation, mais de faire en sorte que cette absence d’ingérence devienne la norme, et non l’exception. Cela passe par un changement de paradigme : passer d’une logique de « générosité » à une logique de devoir constitutionnel.

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