Le Rwanda engage une mutation profonde de son mix énergétique pour pallier la baisse récurrente de sa production hydroélectrique durant la saison sèche. Confronté à des contraintes géographiques et climatiques, le pays cherche à sécuriser son approvisionnement pour soutenir ses ambitions industrielles et l'accès universel à l'électricité.
Les limites structurelles de l'hydroélectricité
Lors d'une audition parlementaire le 10 septembre, les responsables de la Rwanda Energy Group (REG) ont été interpellés sur les pénuries d'électricité récurrentes. Claver Gakwavu, directeur général de l'Energy Utility Corporation Limited, a souligné que les cours d'eau rwandais, par leur taille modeste, ne permettent pas une production à grande échelle comparable à celle de ses voisins régionaux. Cette vulnérabilité est exacerbée par le changement climatique, qui réduit les débits fluviaux, faisant chuter la production nationale entre 200 et 235 mégawatts lors des périodes de sécheresse.
Un défi pour l'industrialisation nationale
La dépendance actuelle à l'hydroélectricité, qui représente environ 40 % de l'offre totale via 37 centrales connectées au réseau, inquiète les législateurs. Le sénateur Fulgence Nsengiyumva a alerté sur le risque que ces fluctuations font peser sur les investisseurs industriels, à qui l'État a promis une énergie stable. L'enjeu est de taille : garantir la fiabilité du réseau pour ne pas compromettre les plans de développement économique du pays, alors que le gouvernement vise une couverture électrique universelle d'ici la fin de la seconde Stratégie nationale pour la transformation (NST2).
Diversification vers le solaire et le gaz méthane
Pour s'affranchir de cette dépendance, le Rwanda mise désormais sur une diversification accrue. Le gaz méthane extrait du lac Kivu est identifié comme un levier stratégique, bien que le projet majeur associé ait vu son calendrier décalé à début 2030. Parallèlement, le développement du solaire est encouragé, malgré les contraintes foncières liées à l'installation des panneaux. Le pays poursuit toutefois certains projets hydroélectriques, comme le barrage polyvalent de Nyabarongo II, achevé à 75 % et prévu pour 2027, qui intégrera des fonctions d'irrigation.
Capacités et objectifs de production
Avec une capacité installée actuelle de 472 mégawatts, le Rwanda ambitionne d'atteindre 615 mégawatts sous le cycle de la NST2. La stratégie repose sur un mix hybride, incluant des projets combinant hydroélectricité et solaire, ainsi que des initiatives régionales comme les centrales de Rusizi III et IV. Cette réorientation vise à stabiliser le réseau national face aux aléas climatiques, tout en maintenant le cap sur l'électrification des ménages et le soutien aux infrastructures industrielles.