Le roman d’Iman Ahmed révèle l’héritage musical oublié d’un père djiboutien, entre archives et quête identitaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 36 lectures
Le roman d’Iman Ahmed révèle l’héritage musical oublié d’un père djiboutien, entre archives et quête identitaire

Un lac de sel et une mélodie oubliée : le premier roman d’Iman Ahmed transforme l’histoire familiale en une ode à la résilience et à la mémoire.

Un père, deux vies : entre AVC et gloire musicale

Dans Abdallah Superstar, Iman Ahmed explore le destin contrasté de son père, présenté comme un homme brisé par un AVC à Poitiers, avant que sa fille ne découvre, presque par hasard, son passé méconnu. Ce père, dont la vie en France semblait réduite à l’ombre d’un handicap, était en réalité une figure majeure de la scène musicale djiboutienne des années 1980. À travers des archives sonores – un compte YouTube inactif depuis sa mort deux ans plus tôt –, la narratrice exhume des morceaux qui racontent bien plus qu’une carrière : une époque, une culture, et une partie de son histoire familiale.

Le lac Assal, miroir d’une mémoire collective

Le roman s’ouvre sur une métaphore puissante : le lac Assal, « archive géologique » où le passé se lit dans les strates de sel. Pour Ahmed, ce paysage djiboutien devient le symbole d’une mémoire à la fois individuelle et collective. Djibouti, souvent réduite à des clichés – pays « chaud où l’on tourne en rond » ou terrain d’implantation militaire – y est réhabilitée comme un foyer culturel vibrant. La musique de son père, mêlée aux rythmes traditionnels et aux influences pop de l’époque, incarne cette richesse méconnue, où se croisent les héritages africains, arabes et français.

Un conte moderne sur la transmission et l’exil

Classé comme un « conte », Abdallah Superstar mêle récit intime et fresque sociale. L’auteure y dépeint une quête de racines qui dépasse le cadre familial : celle d’une génération d’Africains de la diaspora, tiraillée entre deux rives. La découverte des enregistrements de son père n’est pas seulement une révélation personnelle, mais une invitation à interroger les silences de l’histoire. Comment une culture peut-elle survivre à l’exil ? Quels récits sont effacés par les migrations, et comment les restituer ? Le roman pose ces questions sans pathos, avec une sensibilité qui rappelle les grands récits de réappropriation identitaire, comme ceux de l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome.

Une rentrée littéraire sous le signe de la réconciliation

Publié à la rentrée littéraire 2026 chez Actes Sud, Abdallah Superstar s’inscrit dans une tendance croissante de la littérature africaine francophone : celle qui revisite l’histoire coloniale et postcoloniale à travers des destins individuels. Avec un prix de 16 € en format poche, le livre s’adresse à un public large, bien au-delà des cercles académiques. Son approche, à la fois littéraire et musicale, en fait une œuvre accessible, susceptible d’intéresser les amateurs de récits familiaux comme ceux de la musique africaine des années 1980 – une décennie où le continent a vu naître des fusions sonores encore influentes aujourd’hui.

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