Le retrait de la compagnie Kosmos Energy du projet gazier stratégique de Yakaar-Teranga au Sénégal est marqué par une vive polémique sur la gestion des données techniques. Des accusations font état d'une rétention massive d'informations géologiques, privant l'État d'actifs dont la valeur est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars.
Un écart massif dans le transfert des données
La controverse repose sur une disparité technique majeure lors de la passation des dossiers. Alors qu'un document officiel de janvier 2026 faisait état d'un volume de 155 téraoctets de données, le Sénégal n'aurait réceptionné que 110 gigaoctets lors du retrait de l'opérateur. Cette différence suggère que 99,93 % des données techniques, essentielles pour la poursuite de l'exploitation du gisement, seraient restées entre les mains de la compagnie américaine.
Un préjudice financier estimé à 145 milliards de francs CFA
Au-delà de l'aspect technique, l'enjeu est financier. Selon des experts du secteur, la valeur intrinsèque de ces données d'exploration est évaluée à au moins 200 millions de dollars. Le manque à gagner global pour le Sénégal, incluant diverses réclamations, est chiffré à 255 millions de dollars, soit environ 145 milliards de francs CFA. Ce dossier met en lumière les risques économiques liés à la gestion des actifs immatériels lors de la restructuration de grands projets extractifs.
Tensions sur les modalités de sortie
Le différend s'est cristallisé autour d'un échange épistolaire en mai 2026 entre le ministre Birame Souley Diop et Alioune Guèye. Ce dernier a justifié l'absence de compensation financière en s'appuyant sur les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait affirmé que la reprise des parts s'était effectuée sans contrepartie financière pour l'État. Pour la compagnie, toute nouvelle exigence de paiement après cet accord public risquait d'être interprétée comme une remise en cause des termes de sortie convenus. Ce retrait, initialement motivé par les difficultés financières de Kosmos et le départ préalable de son partenaire BP, souligne la complexité des négociations entourant le renouvellement des permis pétroliers et gaziers arrivant à échéance.