La promesse de l'ancien vice-président Atiku Abubakar de rétablir les subventions sur le carburant s'il est élu en 2027 a provoqué une onde de choc sur l'échiquier politique nigérian. Cette déclaration, perçue comme une manœuvre populiste, contraint le parti au pouvoir, l'APC, à réagir face à une opinion publique éprouvée par la vie chère et la suppression brutale de ces aides d'État.
Le paradoxe des ressources étatiques
Depuis la fin des subventions, les recettes des États fédérés ont connu une croissance spectaculaire. À titre d'exemple, l'État d'Ekiti a vu ses allocations mensuelles passer d'environ 1,73 milliard de nairas début 2023 à plus de 13 milliards de nairas en mai 2026. Malgré cet afflux massif de liquidités, le président Bola Ahmed Tinubu a publiquement déploré la gestion de ces fonds par les gouverneurs, critiquant leur préférence pour des projets d'infrastructures coûteux et peu structurants au détriment des besoins réels des populations.
Les obstacles techniques au retour des subventions
Au-delà de la rhétorique électorale, le rétablissement des subventions se heurte à des verrous juridiques et structurels majeurs. Le Petroleum Industry Act (PIA) impose désormais une tarification de marché, rendant illégale toute intervention étatique sur les prix sans une modification législative préalable. De plus, la production pétrolière nationale, bien qu'en légère hausse, est largement grevée par des engagements financiers à long terme, limitant la capacité de la compagnie nationale (NNPC) à fournir du brut à prix réduit aux raffineries locales.
Un cycle de promesses sans lendemain
L'histoire politique nigériane est jalonnée de promesses électorales déconnectées des réalités économiques, une pratique que le président Tinubu lui-même a utilisée par le passé. En proposant un retour aux subventions, Atiku Abubakar s'inscrit dans une tradition de discours opportunistes visant à séduire un électorat en détresse. Toutefois, les experts soulignent que les subventions ne font que déplacer le coût réel de l'énergie sans le supprimer, risquant de fragiliser les investissements privés dans le raffinage local et de favoriser le retour de pratiques opaques dans l'octroi des licences d'importation.