La stabilisation de la Casamance, marquée par une accalmie durable, soulève désormais le défi complexe de la réinstallation pérenne des populations déplacées. Si le retour vers les villages d'origine progresse, avec 203 localités sur 244 ayant retrouvé leurs habitants, des obstacles structurels persistent, nécessitant une intervention coordonnée de l'État pour transformer ce mouvement en une dynamique de développement durable.
Le défi persistant de la sécurité foncière et des mines
Malgré les efforts de déminage entrepris depuis 2008, qui ont permis de traiter 2,2 millions de mètres carrés, la menace reste réelle. Environ 1,3 million de mètres carrés de terres demeurent contaminés, avec une concentration critique dans le département de Bignona, qui compte 42 zones dangereuses. Depuis 1982, le conflit a causé 870 victimes, dont 186 civils pris en charge par le Centre national d'action antimines au Sénégal (CNAMS). Cette pollution des sols entrave la reprise des activités agricoles et la sécurité des populations revenant sur leurs terres ancestrales.
La régularisation de l'état civil, un enjeu de citoyenneté
L'exil prolongé, notamment en Guinée-Bissau, a engendré une crise documentaire pour une génération d'enfants nés hors du territoire national. L'absence d'extraits de naissance constitue un frein majeur à l'accès aux services publics et à l'éducation. Si les premières tentatives d'audiences foraines ont été jugées insuffisantes, une nouvelle phase, intégrée au Plan Diomaye pour la Casamance, montre des résultats plus prometteurs pour rétablir les droits civiques de ces citoyens.
Vers une réinstallation durable
Les travaux de recherche du CRELIHAC soulignent que la situation actuelle, décrite comme un entre-deux entre paix et conflit, impose une vigilance accrue. Au-delà de la sécurisation physique des zones, l'accompagnement de l'État doit pallier la discontinuité des financements observée jusqu'ici. L'enjeu pour les autorités est désormais de garantir l'accès aux services de base dans les villages réinvestis, afin d'éviter que le retour des populations ne soit fragilisé par un manque d'infrastructures ou une précarité administrative persistante.