Le retour progressif de près de 2,7 millions de Soudanais à Khartoum, après la reprise de la capitale par l'armée, se transforme en une épreuve de survie quotidienne. Entre infrastructures dévastées et absence de services essentiels, la réalité sur le terrain contredit les appels officiels au retour.
Une capitale en état de délabrement avancé
La ville, vidée par le conflit débuté en 2023, présente aujourd'hui un visage de ruines. Les coupures prolongées d'eau et d'électricité paralysent la vie domestique et économique, rendant la conservation de produits vitaux, comme l'insuline, extrêmement périlleuse. Malgré la réouverture de certains marchés et de l'aéroport pour les vols intérieurs, le tissu urbain reste marqué par les stigmates des combats. En juin dernier, les Nations unies alertaient sur le fait qu'à peine 1 % de la capitale pouvait être considéré comme sécurisé, en raison de la présence persistante de munitions non explosées et de pièges laissés par les belligérants.
Le défi de la survie économique et sanitaire
La reprise économique est entravée par un chômage massif et une inflation galopante qui rend les denrées alimentaires inaccessibles pour une grande partie de la population. Ce contexte de précarité est aggravé par un système de santé en lambeaux : les hôpitaux peinent à fonctionner et les médicaments essentiels sont soit introuvables, soit inabordables. Cette situation pousse de nombreux résidents, y compris des cadres et des entrepreneurs, à envisager un nouveau départ vers l'étranger, faute de conditions minimales pour assurer la sécurité et le bien-être de leurs familles.
Des institutions sous pression
La volonté des autorités de normaliser la situation se heurte à une réalité sociale complexe. L'injonction de reprendre les cours en présentiel à l'université de Khartoum est perçue par la communauté éducative comme une mesure prématurée, les infrastructures étant jugées inadaptées et l'insécurité trop prégnante. Ce décalage entre les décisions politiques et l'état réel des services publics souligne l'ampleur du défi de la reconstruction.
L'ombre persistante du conflit national
Si le retour à Khartoum est au cœur des préoccupations, la stabilité du pays reste suspendue à l'évolution du conflit dans d'autres régions, notamment au Darfour, au Kordofan et dans le Nil Bleu. Pour les populations, la reconstruction de la capitale demeure une perspective incertaine tant que les hostilités se poursuivent sur le reste du territoire soudanais, empêchant toute perspective de stabilisation durable à l'échelle nationale.