Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé le 20 août dernier, après une absence de plus de 70 jours passés en Suisse. Si ce séjour privé a été marqué par une intervention chirurgicale orthopédique au genou, le retour du chef de l'État, âgé de 93 ans, replace immédiatement au centre des préoccupations les enjeux de gouvernance et les incertitudes liées à sa succession.
Une convalescence sous le signe de l'opacité
Le séjour prolongé du président à Genève a alimenté de nombreuses spéculations sur son état de santé, malgré les démentis officiels du gouvernement camerounais. Si le chef de l'État est apparu publiquement, debout, lors de son retour, les circonstances de son hospitalisation n'ont jamais été confirmées par la présidence. Cette discrétion contraste avec les attentes de la population, qui s'interroge sur la capacité du dirigeant à assurer la continuité de l'État après une absence aussi longue.
Dossiers en suspens et attentes institutionnelles
Le retour de Paul Biya intervient dans un climat de scepticisme au sein de la société civile. Plusieurs dossiers urgents restent en attente, notamment la formation d'un nouveau gouvernement, promise à deux reprises depuis l'élection présidentielle d'octobre 2025. Par ailleurs, des scandales financiers, dont celui lié à l'exploitation aurifère, ainsi que l'absence de nomination d'un vice-président — un poste pourtant réintroduit en avril dernier — cristallisent les critiques sur le fonctionnement actuel des institutions.
La bataille feutrée pour la succession
La question de la vice-présidence est devenue le point de crispation d'une lutte d'influence au sein de l'entourage présidentiel. Deux factions s'opposent ouvertement : le clan de l'épouse du président, Chantal Biya, et le « clan Bulu », réseau familial historique lié au fils aîné du président, Franck Biya. Cette rivalité, décrite comme une lutte pour le contrôle de l'intérim présidentiel, fragilise la stabilité politique du pays.
Risques de déstabilisation à long terme
Au-delà des manœuvres de couloirs, des observateurs de la vie politique camerounaise expriment des inquiétudes quant à l'avenir du pays. La persistance de ces luttes intestines, couplée à un climat de méfiance généralisée, fait craindre à certains analystes une dégradation de la situation sécuritaire et institutionnelle. La capacité du régime à maintenir l'ordre et à répondre aux aspirations citoyennes demeure, dans ce contexte, le principal point de vigilance pour les mois à venir.