Le retour du président camerounais Paul Biya à Yaoundé, le 20 août dernier, marque la fin d'un séjour prolongé de 74 jours en Suisse. L'apparition furtive du chef de l'État, saluant la foule depuis la vitre de son véhicule, cristallise les interrogations sur la gestion des affaires publiques et la pérennité de l'exercice du pouvoir au sommet de l'État.
La symbolique d'une apparition présidentielle
Alors que les usages protocolaires habituels prévoyaient une descente d'avion marquée par des salutations directes aux dignitaires du palais d'Etoudi, le retour du président a été réduit à une brève séquence visuelle. Cette apparition, perçue par une partie de l'opinion comme une preuve de vie, contraste avec les attentes d'une présence physique pleine et entière. La mise en scène de ce salut présidentiel, captée par les médias d'État, souligne une rupture avec les rituels de pouvoir traditionnels, transformant l'image du dirigeant en un symbole de continuité plutôt qu'en un acteur politique actif sur le terrain.
La signature comme unique vecteur de gouvernance
Durant les 74 jours d'absence, la continuité de l'État a été assurée par la signature de décrets, de nominations et de textes législatifs. Cette pratique renvoie à la définition juridique classique de la manus, ou la puissance par la main. Dans ce contexte, le pouvoir s'est exercé à distance, déconnecté de la présence physique du chef de l'État. Cette forme de gouvernance, où l'acte administratif remplace l'interaction directe, soulève des enjeux majeurs sur la réalité de la prise de décision et la stabilité des institutions camerounaises après quarante-trois ans de règne.
Vers une transition de facto
L'absence prolongée du président et la nature de son retour alimentent désormais un débat public sur l'avenir politique du pays. Si la communication officielle s'efforce de maintenir l'image d'un pouvoir en place, des voix critiques, à l'instar de la journaliste Marie Roger Biloa, appellent à une prise de conscience sur la réalité d'une présidence devenue, selon elles, absente de facto. Pour les citoyens et les observateurs, la question n'est plus seulement celle de la santé du dirigeant, mais celle de la préparation du Cameroun à une transition inévitable, dans un climat où la gestion du pouvoir semble de plus en plus abstraite.