Le rejet de la loi de finances rectificative (LFR) par l'Assemblée nationale sénégalaise le 3 novembre fragilise la position de l'exécutif dans ses pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI). Ce blocage parlementaire menace la mise en œuvre d'un programme de financement de 2,2 milliards de dollars, essentiel pour stabiliser les finances publiques du pays.
Un cadre budgétaire en suspens
Pour l'économiste Thierno Thioune, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ce vote négatif crée une triple impasse. Sur le plan institutionnel, le gouvernement est privé du cadre juridique nécessaire pour formaliser sa nouvelle trajectoire budgétaire. Politiquement, ce rejet souligne une absence de consensus entre l'exécutif et la majorité parlementaire. Enfin, sur le plan économique, le texte visait à intégrer des réalités financières urgentes, notamment des besoins de subventions à l'énergie estimés à 790 milliards de francs CFA pour 2026.
Le défi du déficit à 7,6 % du PIB
Le projet de loi rejeté prévoyait une révision du déficit budgétaire, passant de 5,4 % à 7,6 % du PIB, soit un écart de 2,2 points représentant environ 550 milliards de francs CFA. La Facilité élargie de crédit, négociée sur trente-six mois, est strictement conditionnée par des critères de performance sur le solde budgétaire, les recettes fiscales et la maîtrise de la dette. Sans une base légale validée, le gouvernement peine à démontrer sa capacité à respecter ces engagements auprès des institutions internationales.
Risques pour la stabilité financière
L'impasse actuelle expose le Sénégal à plusieurs scénarios. Si une nouvelle loi n'est pas adoptée rapidement, le pays pourrait subir des reports de décaissement, avec une tranche de 300 à 400 millions de dollars menacée de décalage. À plus long terme, une suspension du programme pourrait renchérir le coût de l'emprunt sur les marchés financiers, alors que le service de la dette absorbe déjà près de 40 % des recettes fiscales. Par ailleurs, l'absence d'ajustement budgétaire risque d'aggraver l'accumulation d'arriérés envers les fournisseurs de l'État et le secteur de l'énergie.