Le 3 novembre, l’Assemblée nationale a rejeté sans débat la loi de finances rectificative (LFR) 2026, laissant le Sénégal avec un budget de base mais sans les crédits supplémentaires indispensables pour combler le déficit, ce qui accentue la pression sur la dette publique déjà à 132 % du PIB et fragilise la capacité de financement du pays.
Un budget en place, mais les marges de financement disparues
La loi de finances initiale continue de financer les salaires, les pensions et le service de la dette, mais les 540 milliards de FCFA prévus pour le secteur de l’énergie et le relèvement de 490 milliards du plafond d’emprunt ont été annulés. Sans ces marges, le Trésor doit puiser dans les réserves existantes, ce qui expose le pays à des pénuries de carburant et à des délestages, tout en réduisant la capacité d’investir dans les projets de développement.
Le doute sur les chiffres alimente la prime de risque
La majorité parlementaire a contesté la sincérité des prévisions budgétaires, notamment le déficit annoncé à 7,6 % du PIB contre 5,4 % dans le texte initial. Cette méfiance se traduit par une prime de risque de 8,06 % à un an sur le marché régional, contre un taux de 3 % de la BCEAO. Chaque point de prime représente environ 37 milliards de FCFA d’intérêts annuels, soit une charge qui grève les économies attendues du secteur parapublic.
Conséquences immédiates pour les entreprises et le secteur énergétique
En l’absence de nouveaux crédits, plus de 435 milliards de FCFA d’impayés risquent d’accumuler dans le secteur de l’énergie d’ici fin décembre. Les PME, les entreprises du BTP et les fournisseurs deviennent de facto les prêteurs de l’État, reportant la contrainte financière sur leurs banques et leurs salariés. Par ailleurs, seulement 35 % des investissements financés par des bailleurs ont été déboursés à fin septembre, la plupart des versements étant suspendus faute d’accord avec le FMI.
Les cinq priorités pour restaurer la crédibilité financière
Face à la crise, l’exécutif doit agir rapidement : (1) réviser les prévisions budgétaires à partir des données d’exécution réelle afin de réduire l’écart entre déficit annoncé et réel ; (2) publier un plan de trésorerie mensuel jusqu’au 31 décembre, avec un ordre de priorité clair (salaires, dette, énergie, transferts sociaux, petites créances des PME) ; (3) limiter les engagements d’urgence à l’énergie et les compenser par l’annulation de crédits d’investissement non consommés ; (4) instaurer une règle d’interdiction de tout engagement sans crédit disponible ni enregistrement préalable ; (5) renforcer le dialogue avec le FMI et les partenaires multilatéraux pour sécuriser les 700 milliards d’appuis budgétaires conditionnés à des mesures de correction de la dette. La mise en œuvre de ces chantiers est essentielle pour regagner la confiance des marchés, réduire le coût du financement et préserver la stabilité macroéconomique du Sénégal.