Face à l'insoutenabilité du modèle de financement public, le directeur général de la Securities and Exchange Commission (SEC) du Nigeria, Dr Emomotimi Agama, appelle les universités à se tourner vers le marché des capitaux. Cette transition, présentée comme une nécessité stratégique, vise à transformer les institutions académiques en acteurs économiques autonomes capables de mobiliser l'épargne domestique et les investissements privés.
Un paradoxe financier au sein de l'université
Lors d'une conférence à l'Université d'Ibadan, le Dr Agama a souligné une anomalie majeure : alors que cette institution a formé des générations de cadres financiers et de dirigeants, elle n'a jamais eu recours au marché boursier pour ses propres besoins. Avec plus de 41 700 étudiants pour une capacité d'hébergement inférieure à 10 000 places, l'université illustre les limites d'une dépendance exclusive aux allocations gouvernementales. Le régulateur rappelle que le capital disponible au Nigeria est abondant, citant notamment les 31,48 billions de nairas d'actifs de pension et la capitalisation boursière du NGX, mais qu'il peine à être canalisé vers des projets éducatifs rentables.
Cinq leviers pour une autonomie financière
Pour concrétiser cette mutation, la SEC propose plusieurs instruments financiers encadrés par la loi de 2025 sur les investissements et les valeurs mobilières. Parmi les pistes évoquées figurent la création de fonds de dotation structurés comme des placements collectifs, l'émission d'obligations ou de sukuks adossés à des actifs générateurs de revenus, et le recours aux Real Estate Investment Trusts (REIT) pour moderniser le parc immobilier étudiant. Le Dr Agama suggère également la mise en place de fonds d'innovation pour valoriser la propriété intellectuelle issue des laboratoires universitaires et des instruments spécifiques pour capter l'épargne de la diaspora nigériane.
Exigences de gouvernance et discipline budgétaire
L'accès au marché des capitaux ne pourra se faire sans une transformation profonde de la gestion interne des universités. Le régulateur insiste sur des prérequis stricts : publication annuelle de comptes audités, notation de crédit par des agences agréées et professionnalisation de l'intermédiation financière. Cette rigueur est indispensable pour garantir la pérennité des revenus, indépendamment des changements de gouvernance au sein des institutions. L'enjeu est de passer d'une culture de la subvention à une culture de l'investissement, où les anciens élèves et les investisseurs privés deviennent des partenaires de long terme plutôt que de simples donateurs ponctuels.