Une étude récente publiée dans JAMA Network Open met en lumière une tendance préoccupante : le nombre de femmes n'ayant jamais effectué de dépistage du cancer du col de l'utérus est en forte augmentation aux États-Unis. Ce recul de la prévention, observé sur près de deux décennies, soulève des enjeux majeurs de santé publique face à une pathologie pourtant largement évitable.
Une chute marquée de la couverture vaccinale et préventive
Les données analysées entre 2005 et 2023 révèlent une dégradation significative de l'accès aux soins préventifs. Chez les femmes âgées de 21 à 29 ans, la proportion de celles n'ayant jamais été dépistées est passée de 12,5 % en 2005 à près de 32 % en 2023, soit environ 6,2 millions de personnes. Une tendance similaire, bien que moins abrupte, est constatée chez les femmes de 30 à 65 ans, où le taux de non-dépistage a triplé pour atteindre 15 %, représentant 9,2 millions de femmes.
Des disparités socio-économiques persistantes
L'analyse met en évidence des inégalités marquées selon le profil des patientes. En 2023, le niveau d'éducation et la couverture assurantielle apparaissent comme des déterminants cruciaux : les femmes sans assurance privée sont nettement moins nombreuses à être suivies. De même, des écarts significatifs subsistent selon l'origine ethnique et le niveau de diplôme, suggérant que les barrières à l'accès aux soins — qu'il s'agisse de coûts, de manque d'information ou de difficultés géographiques — restent des obstacles majeurs à la prévention.
L'enjeu crucial de la détection précoce
Le cancer du col de l'utérus, majoritairement causé par des infections persistantes au papillomavirus humain (HPV), évolue généralement sur plusieurs années. Le dépistage, via le test Pap ou la recherche directe du virus HPV, permet d'identifier des lésions précancéreuses avant qu'elles ne deviennent invasives. Si l'étude ne peut établir un lien de causalité direct entre la baisse du dépistage et l'augmentation des cas de cancers à un stade avancé observée depuis 2017, les experts alertent sur le risque accru pour les patientes qui se soustraient totalement à ce suivi médical.
Évolution des recommandations cliniques
Face à ces constats, les autorités de santé rappellent l'importance de respecter les protocoles de dépistage. Pour les femmes de 21 à 29 ans, le test Pap tous les trois ans reste la norme. Pour les 30 à 65 ans, les recommandations privilégient désormais le test HPV primaire tous les cinq ans, avec une nouvelle option permettant aux patientes d'effectuer elles-mêmes le prélèvement. Ces dispositifs visent à simplifier le parcours de soins et à encourager une prise en charge régulière, indispensable pour réduire l'incidence de cette maladie.