Une part croissante de la population mondiale, dépassant désormais les 3,3 milliards d'individus, fait face à une stagnation marquée de son niveau de vie. Ce ralentissement économique, qui touche aussi bien des puissances établies que des pays en développement, fragilise le contrat social hérité des décennies précédentes.
Un club de la stagnation en pleine expansion
Le nombre de pays confrontés à une croissance atone du PIB par habitant a bondi, passant de 68 en 2014 à 80 en 2024. Ce phénomène touche des nations aux profils très disparates, du Canada à la République démocratique du Congo. Si l'Inde fait figure d'exception en maintenant une dynamique de rattrapage, des géants comme la Chine, le Brésil, la Russie et l'Allemagne voient leur progression ralentir brutalement. Plus de 730 millions de personnes subissent désormais une baisse réelle de leur niveau de vie, un indicateur qui souligne l'ampleur de la rupture avec la décennie précédente.
Productivité et démographie : les moteurs en panne
Dans les économies avancées, ce ralentissement est souvent le fruit d'une faible croissance de la productivité couplée à des pressions démographiques. En Allemagne, la stagnation de la productivité limite la hausse des revenus réels, tandis qu'au Canada, la croissance démographique dépasse celle du PIB, pesant sur le marché du travail. Dans les pays émergents, la fin du boom des matières premières a stoppé net les gains de revenus observés jusqu'en 2014, plongeant certaines régions, notamment au sud du Sahel, dans une paupérisation accrue.
La fin du mythe de la mobilité ascendante
Ce contexte économique remodèle profondément les attentes des citoyens. La conviction que chaque génération vivra mieux que la précédente s'effrite, laissant place à une « privation nostalgique ». En Chine comme en Europe, cette désillusion se traduit par un désengagement professionnel et une perte de confiance dans la méritocratie. Chez les jeunes, ce sentiment d'impasse alimente une apathie croissante, illustrée par la difficulté des diplômés à s'insérer sur le marché du travail.
Le risque d'un cercle vicieux politique
L'instabilité économique devient un terreau fertile pour les bouleversements politiques. Les recherches indiquent que les populations en proie à cette stagnation sont davantage enclines à soutenir des mouvements populistes ou à sanctionner les dirigeants en place par des votes de bascule. Ce climat d'incertitude crée un cercle vicieux : l'instabilité politique nuit à la croissance, laquelle, en retour, alimente les tensions sociales. Ce mécanisme menace de s'étendre à de nouveaux pays au cours de la prochaine décennie, remettant en question la stabilité des systèmes démocratiques et autoritaires.