Alors que la guerre larvée entre l’Iran et Israël, déclenchée il y a près de six mois, s’enlise sans percée diplomatique, le Qatar tente une nouvelle fois de jouer les médiateurs. Le Premier ministre qatari, également ministre des Affaires étrangères, se rendra jeudi à Téhéran pour des discussions visant à désamorcer les tensions et relancer le dialogue entre Washington et Téhéran.
Une médiation qatari sous haute tension
Sheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, chef du gouvernement et chef de la diplomatie qatari, sera reçu par plusieurs responsables iraniens pour évoquer des « moyens de désescalade » et « créer les conditions propices au dialogue ». Cette visite s’inscrit dans la continuité du rôle traditionnel de Doha comme canal de communication discret entre les deux adversaires. En juin, le Qatar avait contribué à un mémorandum d’entente temporaire, rapidement rompu en juillet, plongeant à nouveau les deux parties dans une impasse.
Les discussions porteront notamment sur la réouverture du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, actuellement sous tension. Avant le conflit, ce passage assurait le transit de 20 millions de barils par jour ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 5 millions, un niveau historiquement bas.
Washington durcit le ton, Téhéran dénonce une « terreur économique »
Face à l’échec des négociations, les États-Unis ont choisi de renforcer la pression économique. Le président américain Donald Trump a réaffirmé mercredi qu’il n’était « pas pressé » de reprendre les discussions avec l’Iran, privilégiant les sanctions et l’action militaire comme leviers. Ces mesures, qualifiées de « terrorisme d’État » par Téhéran, ciblent les partenaires commerciaux de l’Iran et restreignent l’accès des civils à des biens essentiels comme les médicaments ou l’énergie.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a saisi l’ONU pour dénoncer ces sanctions, les jugeant contraires aux droits humains fondamentaux. Dans le même temps, l’Iran conditionne toute réouverture du détroit d’Ormuz au respect des engagements américains, notamment la levée des sanctions et la restitution des avoirs gelés.
Une diplomatie régionale en ébullition
La visite du Premier ministre qatari intervient deux jours après celle du ministre omanais des Affaires étrangères à Téhéran, où les deux pays ont annoncé un accord sur une « route temporaire » pour le trafic maritime. Pourtant, Téhéran maintient que cette solution ne sera effective qu’une fois les États-Unis honorent leurs promesses du mémorandum de juin. Le Pakistan, par la voix de son chef d’état-major, a également tenté de briser l’impasse cette semaine, évoquant des « progrès significatifs » dans ses échanges avec l’Iran.
Pour Mostafa Khoshcheshm, professeur à l’Université des sciences appliquées de Téhéran, ces initiatives reflètent une crainte partagée : celle d’une escalade incontrôlable. « Une guerre ouverte aurait des répercussions dévastatrices sur l’économie mondiale et embrasera toute la région », souligne-t-il. Dans ce contexte, les pays voisins multiplient les efforts pour éviter l’irréparable, malgré l’absence de percée tangible.