Le projet d'investissement de 2,5 milliards de dollars du géant mondial de la transformation de viande, JBS, au Nigeria, fait face à une levée de boucliers de la part d'organisations de la société civile. Ces acteurs exigent une transparence accrue sur les termes du protocole d'accord signé avec le gouvernement, craignant que l'ampleur industrielle du projet ne menace les ressources naturelles et les moyens de subsistance des petits producteurs locaux.
Un manque de transparence sur les engagements
Le projet prévoit la construction de six usines — trois avicoles, deux bovines et une porcine — dans le cadre d'un partenariat visant à renforcer la sécurité alimentaire nationale. Si le gouvernement nigérian présente cette initiative comme un levier pour réduire les importations et créer des emplois, les organisations environnementales, dont la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF) et l'Environmental Rights Action (ERA), dénoncent l'opacité entourant les détails techniques. À ce jour, le contenu précis du protocole d'accord n'a pas été rendu public, empêchant toute évaluation indépendante des risques sociaux et environnementaux.
Risques fonciers et pressions sur les éleveurs
L'une des préoccupations majeures concerne l'accès au foncier. Des responsables de l'État du Niger auraient évoqué la mise à disposition de 1,2 million d'hectares pour le projet, une surface colossale qui soulève des questions sur le déplacement potentiel des communautés pastorales et des petits éleveurs. Les représentants de la société civile s'interrogent sur l'absence d'études d'impact environnemental et sur la gestion future des ressources en eau, craignant que l'arrivée d'un acteur industriel ne fragilise les écosystèmes locaux et ne crée une situation de monopole préjudiciable à la concurrence nationale.
Appel à une approche centrée sur le développement local
Loin de rejeter l'investissement étranger par principe, les organisations appellent à une réorientation de la stratégie gouvernementale. Elles préconisent un modèle de développement qui privilégie le renforcement des capacités des éleveurs locaux, l'amélioration des infrastructures de sécurité et l'accès au financement pour les coopératives, plutôt qu'une concentration de pouvoir entre les mains d'une multinationale. Les acteurs locaux insistent sur la nécessité d'une concertation publique élargie, incluant les ministères de l'Environnement et de la Santé, pour garantir que ce projet serve réellement l'intérêt collectif sans sacrifier les acquis des communautés rurales.
Des antécédents internationaux sous surveillance
Les critiques s'appuient également sur le bilan environnemental et social de JBS dans d'autres régions du monde, notamment au Brésil. Les craintes portent sur des risques potentiels de pollution, de gestion des déchets et de dégradation des conditions de vie des populations locales, des problématiques déjà observées dans d'autres secteurs industriels au Nigeria. La société civile presse le gouvernement d'instaurer des mécanismes de protection stricts avant toute mise en œuvre opérationnelle du projet.