La question de la souveraineté monétaire revient au cœur des débats académiques et politiques au Sénégal avec la publication de l'ouvrage « Souveraineté monétaire pour un développement endogène et durable ». L'enseignant-chercheur Babo Amadou Ba y propose le « Kopar », une monnaie nationale destinée à remplacer le franc CFA, qu'il considère comme un frein structurel au développement économique et à l'autonomie des États africains.
Une critique systémique du franc CFA
Dans son analyse, Babo Amadou Ba soutient que la monnaie n'est pas un outil neutre, mais un levier de puissance politique. Selon l'auteur, le franc CFA, par son architecture actuelle, privilégie les intérêts des multinationales et de la France au détriment des besoins de développement endogène des pays membres. Cette dépendance monétaire empêcherait, selon lui, les États de maîtriser pleinement leurs ressources stratégiques et de définir des politiques économiques réellement adaptées à leurs réalités nationales.
Le Kopar comme alternative institutionnelle
Pour pallier ces limites, le chercheur de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis propose le Kopar. Ce projet repose sur la création d'une banque centrale indépendante, capable de garantir la crédibilité de la nouvelle devise. L'ouvrage mobilise des outils issus de l'économie postkeynésienne et de l'ingénierie institutionnelle pour démontrer qu'une monnaie nationale peut devenir un moteur de stabilité et de croissance, à condition d'être adossée à une souveraineté politique totale.
La remise en question des projets de réforme
La réflexion est appuyée par l'économiste Ndongo Samba Sylla, qui signe la préface du livre. Ce dernier souligne une continuité historique entre la Banque du Sénégal, créée en 1853, et les institutions monétaires actuelles, qu'il juge héritières d'un système conçu pour servir des intérêts extérieurs. Concernant le projet de monnaie commune « Eco », l'économiste exprime un scepticisme marqué : tant que l'influence française persistera dans les mécanismes de gestion, il estime qu'aucune rupture réelle ne pourra être observée. Le débat ouvert par cet ouvrage pose ainsi les jalons d'une réflexion plus large sur les conditions nécessaires à une véritable indépendance économique pour le continent africain.