L'initiative de dialogue national lancée par le président Félix Tshisekedi en République démocratique du Congo (RDC) suscite une polarisation immédiate au sein de la classe politique. Alors que le pouvoir cherche à asseoir sa méthode, une large coalition d'opposants dénonce une manœuvre unilatérale, tandis que la communauté internationale appelle à un processus réellement inclusif pour stabiliser le pays.
Une opposition vent debout contre la méthode présidentielle
La Coalition Article 64 (C64), qui intègre notamment le parti de Moïse Katumbi, Ensemble pour la République, a opposé un refus catégorique aux consultations provinciales proposées par le chef de l'État. Les opposants, incluant des figures du PPRD de l'ancien président Joseph Kabila et Franck Diongo, qualifient le projet de « monologue » ou de « vaste kermesse ». Leurs griefs sont multiples : ils craignent que ce dialogue ne serve de paravent à une révision constitutionnelle visant à permettre un troisième mandat présidentiel. De plus, ils dénoncent une configuration où le pouvoir exécutif agirait simultanément comme organisateur, arbitre et juge du processus.
Le soutien de l'Union sacrée et la position américaine
À l'inverse, les alliés du président au sein de l'Union sacrée, notamment Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe, apportent leur appui à la démarche présidentielle, relayés par l'UDPS qui mobilise ses structures pour soutenir l'initiative. Sur le plan diplomatique, Massad Boulos, conseiller principal américain pour l'Afrique, a souligné l'importance d'un dialogue « inclusif et constructif ». Pour Washington, cet exercice pourrait constituer un levier pour favoriser la paix, bien que la forme exacte de cette inclusion reste au cœur des débats.
Le défi de la maîtrise institutionnelle et du conflit armé
La bataille se cristallise désormais autour des règles du jeu. Félix Tshisekedi conserve pour l'heure la maîtrise institutionnelle du processus : la création du comité d'organisation, la définition des participants et le calendrier dépendent d'ordonnances présidentielles. L'opposition réclame, elle, un cadre négocié avec des garanties mutuelles. Par ailleurs, la question sécuritaire demeure un point de blocage majeur. Les experts soulignent que le dialogue national ne pourra pas, à lui seul, résoudre le conflit armé, le mouvement AFC/M23 étant exclu des discussions politiques tant qu'il poursuit ses activités militaires, lesquelles relèvent du processus de Doha.
Les points de vigilance pour les prochaines semaines
L'évolution de la situation dépendra de la composition du comité d'organisation et de la flexibilité du pouvoir face aux exigences de l'opposition. Les prochaines ordonnances présidentielles seront déterminantes : elles indiqueront si le chef de l'État maintient son dispositif initial ou s'il accepte d'ouvrir une phase de négociation sur les modalités mêmes du dialogue pour tenter de ramener les forces contestataires à la table des discussions.