Le ministre nigérian de l'Énergie, Joseph Tegbe, a récemment annoncé la création d'un centre d'appels national destiné à centraliser les plaintes des usagers du secteur électrique. Si cette initiative est présentée comme un levier de création d'emplois pour la jeunesse, elle suscite des critiques sur sa pertinence opérationnelle et son adéquation avec le cadre réglementaire actuel.
Une redondance face au cadre réglementaire existant
Le secteur de l'électricité au Nigeria dispose déjà d'un mécanisme de gestion des réclamations bien défini. Selon la réglementation en vigueur, les consommateurs doivent d'abord s'adresser aux unités de plaintes des sociétés de distribution (DisCos). En cas d'insatisfaction, le dossier peut être escaladé vers la Commission nigériane de régulation de l'électricité (NERC). Le règlement de 2023 impose des délais stricts pour la résolution des litiges, allant de 15 jours à un cycle de facturation complet. L'ajout d'une nouvelle structure administrative pourrait, selon les observateurs, créer une strate bureaucratique supplémentaire plutôt que de renforcer l'efficacité des institutions déjà responsables.
Le défi de la décentralisation du marché
La proposition de centralisation intervient dans un contexte où le marché nigérian de l'électricité s'oriente vers une décentralisation accrue. Depuis mai, quinze États ont pris le contrôle de leurs marchés locaux, transférant la gestion des plaintes vers des régulateurs étatiques spécifiques. Cette évolution rend la mise en place d'un centre d'appels fédéral complexe, soulevant des questions sur la responsabilité juridique du traitement des dossiers et la coordination entre les différents niveaux de gouvernance.
Prioriser la performance structurelle sur l'administration
Au-delà de la question administrative, le débat porte sur la nature même de la politique énergétique. Les experts soulignent que la priorité du ministère devrait être de lever les obstacles structurels identifiés par des institutions comme la Banque mondiale, notamment le déficit de comptage et la nécessité de sanctions rigoureuses contre les opérateurs défaillants. L'argument selon lequel le centre d'appels générerait des emplois durables est également contesté : une véritable politique de l'emploi passerait, selon cette analyse, par la création de conditions favorables à la croissance des entreprises privées, rendue possible par un accès fiable et abordable à l'énergie. Pour les usagers, l'enjeu reste l'amélioration de la qualité du service plutôt que la multiplication des canaux de réclamation.