Le programme international TheMuseumsLab a inauguré le 21 septembre 2026 son troisième module à Kigali, réunissant 50 professionnels du patrimoine venus de 31 pays d'Afrique et d'Europe. Cette initiative, co-organisée par le Museum für Naturkunde Berlin et l'Académie du patrimoine culturel du Rwanda (RCHA), interroge la fonction des institutions muséales : au-delà de la simple conservation, elles sont appelées à devenir des espaces actifs de réflexion sur les enjeux contemporains et la construction des futurs collectifs.
Une nouvelle approche de la narration historique
Pour Meryem Korum, responsable du programme, l'enjeu est de dépasser l'échange d'expériences professionnelles classiques pour challenger les méthodes de narration historique. En confrontant les perspectives africaines et européennes, les participants sont invités à utiliser l'histoire non comme une archive figée, mais comme une source dynamique pour comprendre les trajectoires sociales actuelles. Cette démarche inclut des débats complexes sur la gestion des collections coloniales, les processus de restitution et les nouveaux modèles de leadership muséal.
La mémoire comme outil de compréhension du présent
Le professeur Facil Tesfaye, président du comité académique international, souligne que la préservation de la mémoire permet d'éclairer des réalités contemporaines souvent mal interprétées. En s'appuyant sur ses travaux sur l'épidémie de peste bovine des années 1890, il démontre comment des événements historiques majeurs ont durablement structuré les sociétés pastorales africaines. Cette lecture historique aide à mieux appréhender les forces qui façonnent le présent, rendant la gestion des défis actuels plus intelligible pour les décideurs et les citoyens.
Le Rwanda, un laboratoire de transformation
L'accueil de ce module à Kigali offre aux participants internationaux une immersion dans un pays dont l'identité est indissociable de son histoire tragique, mais qui a su se reconstruire. L'ambassadeur Robert Masozera, directeur général de la RCHA, voit dans ce programme une opportunité de partage mutuel. Pour les fellows, comme le Dr Genius Tevera, cette visite permet de constater la transformation profonde du pays, dépassant les perceptions extérieures liées au génocide contre les Tutsi. L'enjeu, pour ces professionnels, est désormais de transformer ces échanges en connexions durables, afin que les musées deviennent des lieux où la mémoire est interrogée pour mieux imaginer les possibles de demain.