Le programme « Big Push » de 30 milliards de GH₵, visant à transformer le réseau routier ghanéen, suscite l'approbation des experts tout en soulevant des inquiétudes sur sa viabilité financière. Le Chartered Institute of Project Analysts and Consultants (CIPAC) prévient que la dépendance aux revenus du secteur extractif expose ce projet stratégique à des risques de volatilité budgétaire majeurs.
La vulnérabilité du financement face aux cours des matières premières
Le projet phare de l'autoroute Accra-Kumasi est essentiel pour relier les centres commerciaux, industriels et agricoles du pays. Cependant, le CIPAC souligne que le financement de tels investissements à long terme ne peut reposer uniquement sur des allocations budgétaires théoriques. Les revenus issus de l'or et du pétrole, piliers de l'économie ghanéenne, sont intrinsèquement instables. Toute fluctuation des prix mondiaux ou des niveaux de production peut entraîner des déficits de recettes, menaçant ainsi le calendrier de construction et augmentant les coûts de financement par des retards de paiement ou des réclamations de contractants.
La proposition d'une réserve de contingence institutionnalisée
Pour pallier ces risques, le CIPAC préconise la création d'une réserve de contingence dédiée à la protection des infrastructures stratégiques. Ce mécanisme fonctionnerait de manière contracyclique : lors des périodes de forte performance des revenus extractifs, une partie des excédents serait mise en réserve. En cas de baisse des recettes, ces fonds seraient débloqués sous des conditions strictes et transparentes. Cette réserve ne doit toutefois pas devenir un outil de dépenses incontrôlées, mais s'inscrire dans un cadre de gestion rigoureux incluant un audit indépendant et une surveillance parlementaire accrue.
Vers une stratégie d'investissement durable
Au-delà du montant de 30 milliards de GH₵, le CIPAC insiste sur la nécessité d'une planification qui dépasse les cycles des matières premières. L'objectif est d'éviter que le pays ne soit contraint de choisir entre la poursuite de ses chantiers d'infrastructure et le respect de ses autres obligations publiques lors des périodes de vaches maigres. Pour les analystes, le succès de l'autoroute Accra-Kumasi ne se mesurera pas seulement à son achèvement physique, mais à sa capacité à devenir un corridor économique efficient, capable de réduire les coûts logistiques et de stimuler durablement la productivité nationale.
Exigences de transparence et de gouvernance
Le CIPAC appelle le gouvernement à renforcer la discipline budgétaire par des révisions indépendantes des coûts et des processus de passation de marchés compétitifs. La transparence est présentée comme un levier indispensable pour garantir que les fonds génèrent une valeur économique réelle. L'implication de la société civile, des médias et du Parlement est jugée cruciale pour assurer une reddition de comptes effective tout au long de la durée de vie du projet.