Le Programme de Résilience Économique et Sociale (PRES), pilier de la stratégie gouvernementale sénégalaise, fait l'objet d'une virulente remise en cause par l'opposition. Me Aïssata Tall Sall, présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, a officiellement déclaré le programme « enterré » à la suite du rejet de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l'Assemblée nationale.
Un décalage criant entre annonces et exécution
Au cœur de la charge menée par l'opposition figure une analyse des chiffres liés au financement du PRES. Selon les données avancées par Me Aïssata Tall Sall, le programme, initialement conçu pour mobiliser plus de 721 milliards de francs CFA, n'aurait permis d'encaisser que 173 milliards. Ce différentiel, qualifié de « trou béant » par l'élue, illustre selon elle l'incapacité du gouvernement à traduire ses ambitions programmatiques en réalités budgétaires concrètes. Pour l'opposition, cette situation marque la fin de la crédibilité du projet, présenté à son lancement comme un levier majeur de transformation économique.
La LFR 2026 comme révélateur de crise
Le rejet de la LFR 2026, acté le 3 novembre par 109 voix contre 20, constitue le point de rupture institutionnel. Ce vote, intervenu sans débat parlementaire, a été dénoncé par le groupe Takku Wallu Sénégal comme une « forfaiture ». Au-delà de la procédure, l'opposition pointe une incohérence politique majeure : elle accuse la majorité actuelle de remettre en cause la sincérité d'un budget qu'elle avait elle-même soutenu en décembre 2025, tout en maintenant les mêmes responsables à la tête du ministère des Finances.
Une remise en question de la méthode Sonko
La critique dépasse le cadre strictement comptable pour viser la communication politique du Premier ministre Ousmane Sonko. En rappelant la présentation initiale du programme au Grand Théâtre de Dakar, Me Aïssata Tall Sall a ironisé sur la dimension théâtrale de l'exercice. Pour l'opposition, le PRES n'était qu'une mise en scène dont l'échec actuel confirme le fossé entre les promesses de rupture portées par le gouvernement et la gestion effective des deniers publics. Si la majorité n'a pas encore réagi officiellement à ces accusations, l'enterrement politique du PRES, tel que proclamé par l'opposition, fragilise durablement la lisibilité de la stratégie économique du pays.