L'opposant et éminent juriste Maurice Kamto a récemment formulé une critique sévère à l'encontre de ses pairs universitaires, les accusant de fournir une caution scientifique aux dérives autoritaires sur le continent. Selon lui, ces intellectuels jouent un rôle déterminant dans ce qu'il qualifie de « blanchiment juridique » des dictatures, transformant la science du droit en outil de maintien au pouvoir.
La mutation du coup d'État vers la sphère juridique
Pour l'ancien doyen de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'université de Yaoundé II, la nature des ruptures démocratiques a profondément évolué. Maurice Kamto observe que le coup d'État militaire traditionnel est désormais supplanté par le « coup d'État constitutionnel ». Ce phénomène, porté par des universitaires agrégés, consiste à utiliser la technicité juridique pour légaliser des violations de la Loi fondamentale. L'enjeu est de donner un vernis de légitimité scientifique à des pratiques qui, dans les faits, vident les institutions de leur substance démocratique.
La mécanique du maintien au pouvoir
Le juriste détaille une stratégie récurrente observée dans plusieurs pays francophones. Le processus s'articule autour de trois étapes clés : la suppression des limites de mandats présidentiels, le recours à un parlement acquis pour valider ces changements au lieu de consulter le peuple par référendum, et l'élaboration de théories juridiques plaçant la souveraineté du président au-dessus de celle de la nation. Pour Kamto, cette approche constitue une trahison fondamentale des principes républicains, où l'expertise académique est détournée pour justifier l'injustifiable.
Une responsabilité partagée des élites intellectuelles
La charge de Maurice Kamto va au-delà de la simple analyse politique ; elle pointe une responsabilité historique des universitaires. En affirmant que ces derniers sont « comptables des malheurs » du continent, il soulève une question éthique majeure sur le rôle de l'intellectuel dans la cité. Cette position trouve un écho dans les récentes déclarations du président guinéen Mamadi Doumbouya, qui, lors de l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2026, a également fustigé ces « putschistes en costume » qui s'appuient sur des experts pour pérenniser leur pouvoir en toute impunité. Le débat ainsi ouvert interroge la neutralité de la science juridique lorsqu'elle est mise au service de stratégies politiques visant à contourner la volonté populaire.