L'affaire Salomey Awiti Baffoe, une infirmière de 40 ans placée en détention provisoire pour ses liens présumés avec le compte TikTok « Ghana Jollof », suscite un vif débat juridique au Ghana. Le professeur Kwaku Asare, éminent juriste, a publiquement remis en question la solidité des charges retenues et la régularité de la procédure engagée par le parquet.
Des qualifications pénales discutables
Salomey Awiti Baffoe est poursuivie pour complicité de publication de fausses nouvelles, en lien avec des vidéos diffusées par Barbara Asantewaa Kodua, accusée d'avoir proféré des menaces contre le gouvernement. Le professeur Asare souligne une confusion juridique majeure dans le dossier : selon lui, les faits reprochés — menaces d'insurrection ou appels à la violence — ne correspondent pas nécessairement à la définition légale de la « publication de fausses nouvelles » prévue par le Code pénal de 1960. Il insiste sur le fait que la qualification d'une menace future ne peut être assimilée, sans démonstration probante, à la diffusion d'une information factuellement erronée.
La question de la compétence territoriale
Le juriste pointe également une incohérence géographique concernant le tribunal d'Adenta, saisi de l'affaire. Alors que l'accusée a été arrêtée à Techiman et que la principale protagoniste résiderait au Royaume-Uni, le dossier ne précise aucun acte criminel spécifique commis par Mme Baffoe à Accra ou dans la juridiction d'Adenta. Pour le professeur Asare, l'accessibilité nationale d'une vidéo sur les réseaux sociaux ne suffit pas à justifier la compétence d'un tribunal local si aucun lien matériel n'est établi entre l'acte de complicité et le ressort géographique de la cour.
Détention provisoire et respect des libertés
La mise en détention de l'infirmière pour une durée de deux semaines est au cœur des critiques. Le professeur Asare rappelle que la privation de liberté ne peut être justifiée par des formules vagues telles que « sécurité nationale » ou « enquête en cours ». Il soutient que le parquet n'a pas démontré de risques concrets, comme une tentative de fuite ou une volonté d'entraver l'enquête, qui justifieraient le refus d'une remise en liberté sous caution. Pour lui, le caractère grave des accusations portées par l'État impose, au contraire, une rigueur accrue dans le respect des procédures et des droits de la défense.
L'exigence de preuves tangibles
En conclusion, le juriste appelle à une clarification des rôles. Si le parquet accuse Mme Baffoe d'avoir agi comme « liaison » ou d'avoir distribué des fonds, il lui incombe de démontrer le caractère criminel de ces actes et leur lien direct avec la publication des contenus litigieux. Sans ces précisions, le dossier repose sur des suppositions qui, selon le professeur Asare, fragilisent l'équité du procès et le respect des principes fondamentaux du droit pénal.