L'ancien ministre ghanéen de l'Environnement et chirurgien cardiothoracique, le professeur Kwabena Frimpong-Boateng, a qualifié la corruption de pathologie sociale aux conséquences mortelles. Lors d'une conférence à l'Université d'éducation de Winneba, il a souligné que le détournement des ressources publiques prive directement les citoyens d'accès aux services essentiels, transformant la mauvaise gouvernance en une crise de santé publique majeure.
Un impact direct sur la mortalité
Pour le professeur Frimpong-Boateng, la corruption ne doit plus être perçue uniquement comme une perte financière, mais comme une menace biologique. En détournant les fonds destinés aux infrastructures de base, comme l'accès à l'eau potable ou aux soins de santé, les acteurs corrompus provoquent, selon lui, des maladies, des handicaps et des décès prématurés. Il soutient que ces individus nuisent davantage à la population que les agents pathogènes, car ils sapent les fondements mêmes de la résilience sociale.
Le lien entre exploitation minière et santé
L'expert pointe du doigt la destruction des écosystèmes, notamment par l'exploitation minière illégale, comme une preuve tangible de cette défaillance institutionnelle. La pollution des cours d'eau et des sols par des métaux lourds tels que le mercure, l'arsenic, le plomb et le cadmium expose les communautés locales à des risques graves : cancers, troubles neurologiques, insuffisances rénales et complications lors des grossesses. Cette dégradation environnementale est, selon lui, le résultat direct d'une corruption systémique qui entrave l'application des lois existantes.
L'urgence d'une réforme de la gouvernance
Le diagnostic posé par l'ancien ministre met en cause une « inversion » du système, où l'obtention illégale de concessions est devenue plus aisée que le respect des procédures légales. Il dénonce une complicité impliquant des autorités politiques, des chefs traditionnels et des forces de sécurité. Pour inverser cette tendance, il préconise une responsabilisation accrue des fonctionnaires, une transparence totale dans les décisions environnementales et l'instauration d'un audit annuel sur l'état de l'environnement, qui serait présenté directement au Parlement. Sans une lutte acharnée contre la corruption et un renforcement de l'État de droit, le développement durable du pays demeure, selon lui, hors de portée.